Que cela vous aurait-il
inspiré ?
Voici
les nouvelles sélectionnées :
- Au clair(e) de la lune
- Enfance
- Eux
- Führer
- La lettre
- La rue du Vert Galant
- Qui suis-je
(sous la nouvelle vous
trouverez le lien permettant de la télécharger)
BRAVO aux lauréats du prix
de la Nouvelle Fantastique 2010 !
Alexis MERLE ( 2e1) pour Führer
Agnès GARRIGUE ( 2e2) pour Eux
Anna BIROLLI ( 2e3) pour Au clair(e) de la lune
Lisa CONTRASTY pour La lettre
et Sophie GAU pour La rue
du vert galant (2e4)
Théo ANDRIOT pour Qui suis-je ?
et Etienne PERSONNAZ avec Pour quelques roses…
Flore BARDET pour Enfance
Les résultats, proclamés au C.D.I avec la complicité
des professeurs documentalistes devant tout le niveau Seconde
et leurs responsables, ont récompensé :
Agnès GARRIGUE, qui remporte
finalement le Prix Littéraire ainsi que le Prix des Internautes,
grâce à sa nouvelle Eux.
Anna BIROLLI qui obtient le prix
du Caousou avec sa nouvelle Au clair(e) de la lune.
Un grand merci à Madame BERTHAUX
( écrivain, prix Prométhée de la Nouvelle),
à Monsieur BARRERE( poète), à François
BON( écrivain), à Daniel PICOULY ( écrivain),
à Madame BRUN (représentant la Médiathèque
J. CABANIS), à M. TERRANCLE (représentant les éditions
PRIVAT), à Madame MARTIN (représentant la librairie
la Pléïade), à N. GASBARRI ( écrivain)
qui nous ont fait l’honneur de participer au Jury Littéraire.
Nouveauté cette année !
Un café littéraire convivial rassemblant les lauréats,
leurs professeurs de Lettres de Seconde, leurs responsables et
sympathisants et surtout les membres du Jury Littéraire
disponibles alors, permit à chacun d’échanger
en toute liberté sur les plaisirs et les angoisses liés
à l’écriture. Un moment de partage riche et
fructueux dont voici le témoignage de lycéens :
« C'est autour d'un énorme
plateau de pâtisseries que nous, adolescents d'environ seize
ans, nous nous retrouvons devant des auteurs, des poètes,
et d'autres personnes visiblement contaminées par un étrange
virus, celui de la littérature, et cela se voit dès
que l'un d'eux parle des nouvelles.
Si prendre la parole n'est pas toujours aisé, même
intimidé, quand l'un de nous commence à parler,
on n’ a qu'une envie, c'est de l'approuver. Peu à
peu, on a l'impression qu'en fait, on est tous pareils. On écrit,
on lit, on jette, on recommence. Gagnant, perdant, content ou
déçu, on entend des critiques, positives comme négatives,
de la bouche de personnes que l'on pensait trop expérimentées
pour apprécier le texte d'élèves de nos âges.
On est d'accord, on se questionne, on leur répond, nous
obligeant à prendre du recul sur notre travail. On regrette
certains de nos choix, on sourit aux compliments, on se dit qu'on
aurait dû écrire cela, faire ceci. Mais au final,
il faut croire que nos choix nous ont menés devant toutes
ces personnes- là, devant leur expérience et leurs
avis. Alors, finalement, on ne peut en sortir que gagnant, avec
de nouvelles idées, des conseils, des critiques. Mais aussi
avec une seule envie. Continuer à écrire. »
Article de
Flore Bardet (2°6°)
Auteur de « Enfance ».
« Suite au concours de la
nouvelle, le 9 février 2010 nous avons tous assisté
à la remise des prix de la nouvelle.
Ensuite les 7 lauréats des différentes classes de
secondes sont restés pour participer à ce qu’on
appelle un « café littéraire ». Alors
nous avons pu répondre à des questions que les professeurs
présents nous posaient mais aussi à celles de certains
écrivains qui composaient le jury de la nouvelle.
J’ai trouvé extraordinaire et fabuleux de pouvoir
s’entretenir comme cela, en petit groupe, avec les personnes
qui nous ont lus, car elles nous ont expliqué ce que nous
avions su maîtriser et ce que nous avions encore à
apprendre et/ou à approfondir. Et puis ces personnes étaient
quand même des écrivains ! J’ai eu une chance
incroyable et c’est quelque chose que je n’oublierai
jamais.
De plus, je trouve que c’est une très bonne idée
de faire un livre contenant les nouvelles de tous les lauréats
de chaque année depuis que ce concours a été
lancé. »
Sophie GAU,
auteur de La rue du Vert Galant (2e4)
« Le Café Littéraire auquel j'ai pu participer
fut très intéressant. J'ai beaucoup aimé
connaître les moyens utilisés et les principes suivis
par les autres lauréats pour parvenir à enrichir
leur écriture. Tous les points abordés dans leur
nouvelle ont été justifiés et discutés
avec le jury littéraire. J'ai compris par la suite qu'ils
avaient pris plaisir à écrire ces nouvelles car
ils en ont l'habitude. Comme ils l'ont souligné, ils écrivent
souvent chez eux et selon eux, l'écriture est un monde
à part, qui permet de s'évader et de se plonger
dans un monde imaginaire.
Cette définition de l'écriture m'a permis de découvrir
un autre sens à cette passionnante activité.
Or, moi, je n'ai pas eu le sentiment d'avoir réussi pleinement
ma nouvelle. J'ai tout de même été rassurée
par l'un des membres du jury qui m'a assuré que ma nouvelle
était réussie.
Malgré cette petite déception, les points de vue
et les dialogues entre jury, professeurs et lauréats ont
été fort enrichissants. Il y avait une très
bonne ambiance. Malgré ma timidité, les autres élèves
ont su entretenir une conversation avec les membres du jury et
les professeurs. De plus, les confiseries ont su accompagner cette
bonne ambiance... »
Lisa CONTRASTY, auteur de La Lettre ( 2e4)
« Les derniers lycéens quittent enfin le CDI, nous
laissant excités et heureux à côté
du rayon littérature jeunesse. Une porte ouverte laisse
voir des plateaux entiers de pâtisseries, et nos professeurs
nous félicitent encore une fois. Les garçons se
donnent l'accolade, tout le monde a les joues rouges. Nous passons
à côté, les adultes font circuler thé,
chocolat, chouquettes et macarons. Entre les huit lauréats,
tous nos professeurs de français, les poètes, écrivains,
deux élèves de terminale L, les dames du CDI, Mme
Bernard et quelques autres, une délicieuse complicité
s'installe. Certains élèves, même s'ils se
connaissent tous de prénoms et de noms se découvrent
des affinités. Les barrières tombent. Après
quelques photos, les lauréats échangent des regards
amusés. Les âges se confondent.
Nous repassons dans le CDI et le café littéraire
commence.. Nous huit formons une petite ligne, bien droite et
sage. Les adultes nous sont présentés, et nous découvrons
d'inattendus écrivains parmi eux, un coordinateur et un
professeur de matières scientifiques. Ils nous félicitent
une nouvelle fois, et certains expliquent vers qui allait leur
préférence, se justifient, les yeux brillants.
Les questions fusent, et nous voilà en train d'expliquer
nos titres, nos hésitations, nos joies et notre plaisir.
Tous, nous sommes encore surpris d'avoir été jusque
là, surpris du plaisir qu'on a pris à jouer le jeu.
Certains écrivaient déjà, d'autres se sont
découverts. Nous décrivons notre exaltation à
se laisser emporter par la plume. Un point commun : aucun de nous
ou presque
n'avait très précisément le début,
l'enchaînement et la chute de son histoire juste avant de
l'écrire. Les avis sont nuancés quant à cette
méthode.
Les élèves se comprennent étrangement bien,
nous finissons la phrase d'un autre ou approuvons vivement ses
paroles. Les professeurs sont fiers, très fiers, et sourient.
Il fait chaud, les aiguilles de l'horloge paraissent ensorcelées,
tournent et tournent encore. Que nous apporte l'écriture
? Question difficile, et nous avons tenté de répondre
au mieux. La complicité entre les adultes et nous est presque
palpable, elle est là et bien là, faisant plaisir
à tous.
Malgré tout, il faut partir. Quelques uns se dirigent vers
la sortie, et les derniers forment de petits groupes avec les
enseignants, qui ont tenu à nous féliciter une dernière
fois. Les mains sont plaquées sur les joues, pour tenter
de les rafraîchir. Nous remercions encore les adultes, récupérons
nos cadeaux et dérobons une dernière tartelette.
Le Caousou est bien silencieux, vide d'élèves et
de professeurs, et nous sortons en se disant que l'on a passé
une excellente après-midi. »
Agnès
GARRIGUE, auteur de Eux (2e2)
Le projet se poursuit maintenant
concrètement.
Grâce au partenariat entretenu avec l’A.P.E.L et les
éditions PRIVAT, les nouvelles des gagnantes seront publiées
et illustrées, cette année.
BRAVO également au groupe
d’Arts Plastiques de Seconde qui a tenté l’expérience
de l’illustration. Conseillés par Ghislaine HABY
et l’illustratrice Marie CIOSI, ces lycéens ont élaboré
chacun cinq compositions ainsi qu’une première de
couverture dont voici quelques exemples.
Couverture :
Anais
Goudallier
Louise
Javelot
Charlotte Jauffret
Du Sang et des mots (nouvelle de
l'année dernière)
Marie Nivot
Quentin Farenc
Eux
Agnès
Garrigue
Anna Rykner
Manon Fournier
Léa Gevin
Théo Isaacs
au clair(e) de la lune
Alizée Caucanas
Anais Goudalliers
Jade Guilbaud
Théo Isaacs
Quentin Farenc
L’épreuve définitive
des textes illustrés paraîtra en juin et sera alors
offerte grâce à L’APPEL à chacun des
élèves de Seconde
Au
clair(e) de la lune
Ce matin-là, et comme tous les jours depuis des années,
j’empruntais le long couloir qui mène au salon afin
d’y saluer mon père. Seulement, une fois arrivée
devant la porte délicatement ajourée, les souvenirs
émergèrent de l’inconscience nuageuse dans
laquelle mon sommeil m’avait plongée. Désormais,
je me rappelais très bien la scène. Ce moment terrible
où l’homme en qui j’avais une confiance aveugle
et démesurée m’avait appris qu’aucun
lien de sang ne nous unissait. Cela s’était passé
la veille et je ne me souviens que du goût salé de
mes larmes ce soir-là. Cette trahison faisait affluer la
hargne en moi, je ne pouvais comprendre les raisons qui l’avaient
poussé à agir ainsi. Je fis donc demi-tour et me
dirigeai vers ma chambre d’un pas aussi léger et
insonore que possible. C’est à ce moment-là
que je la vis. Cette porte banale et d’autant plus mystérieuse
qu’elle avait constitué mon seul interdit depuis
que je vivais au 33 rue des lilas, autrement dit depuis toujours.
Je suis incapable de me rappeler du nombre de fois où je
l’avais entendu me dire dans un sourire : « Claire,
tu n’entreras pas dans le bureau de papa, tu me le promets
n’est-ce pas ? » Ce temps-là était révolu.
En trahissant ma confiance, il m’avait donné le droit
et même une raison, d’en faire de même avec
lui. Ma décision était prise : j’allais pénétrer
dans son bureau. Je me faufilai dans ma chambre, me glissant dans
mes draps encore chauds.
Quelques heures plus tard, le claquement de la porte d’entrée
m’avertit de son départ. Il était à
l’usine. Sauf si, là aussi il m’avait menti
; à mon grand désarroi, ce ne serait pas la première
fois. C’est en repensant à son mensonge que mes derniers
scrupules disparurent. Je savais où il rangeait la clé.
Je m’en emparai rapidement et me plaçai devant la
porte. La clé brûlait ma petite paume et des gouttes
de sueur étonnamment froides parcouraient mon dos dans
un effroyable frisson. Et s’il revenait ? Et s’il
me surprenait dans son bureau ? Toutes ces questions me torturaient
tel un esprit malin. Enfin, je me décidai à insérer
la clé dans la serrure. Je ne la tournai pas immédiatement,
me contentant de la fixer. Peu à peu, j’enclenchai
le mécanisme, un premier déclic se fit entendre,
me faisant sursauter. Puis un second. Enfin la porte s’entrebâilla
dans un grincement terrifiant. Du bout des doigts, j’ouvris
la porte. La pièce était très sombre et ne
semblait pas avoir de murs. Je fis un pas en avant et émis
un hoquet de stupeur lorsque je sentis mon pied se dérober
sous mon corps, m’entraînant dans une interminable
chute.
Bien que cela semble invraisemblable, le sol était devenu
plafond et inversement. Plus étrange encore, il faisait
nuit et seule une terrifiante lune rouge était source de
lumière. Je voulus m’enfuir mais, dans mon dos, la
porte avait disparu. Un hurlement à glacer le sang se fit
alors entendre et je mis plusieurs secondes à me rendre
compte qu’il provenait de ma propre gorge. Désespérée,
je me mis alors à courir sans trop savoir pourquoi. L’horreur
s’était emparée de moi. Après quelques
minutes de course effrénée, je dus me rendre à
l’évidence : il n’y avait pas de murs et je
n’étais plus désormais dans le bureau de papa,
ni même dans le monde où j’avais vécu
jusqu’à présent. C’était un monde
infâme et vide. Seules quelques racines tortueuses jonchaient
le sol, bien qu’aucun arbre ne soit visible aux alentours.
Au loin, j’aperçus une seconde lune rouge. C’était
en fait la réverbération de ce maudit astre nocturne
dans un lac terrifiant qui semblait sans fond. J’aperçus
alors mon reflet qui me fit hurler. Mes traits étaient
tirés, mes yeux injectés de sang et mon teint terreux.
Quiconque m’aurait vue ainsi m’aurait confondue avec
un macchabée. Après tout, cela n’importait
guère puisque plus personne ne me verrait. J’étais
coincée ici, sans vraiment savoir où. Un monde parallèle,
peut-être ? Je me mis à fixer cette maudite lune
de façon si intense que mes yeux en vinrent à me
brûler. Au fur et à mesure, la lune s’éclaircit
jusqu’à perdre tout à fait sa teinte rougeâtre.
Tout était devenu blanc et la lune avait complètement
disparu. Où étais-je ? Je regardais autour de moi
: cette fois-ci, je me trouvais dans une salle mais pas une pièce
de chez moi. Je me dirigeai vers l’unique porte de ce lieu
et mes yeux s’écarquillèrent lorsque je lus
ces mots sur un petit écriteau : « Claire Dubois,
cas avancé de folie. »
Au clair(e) de la lune

Enfance
La nuit commençait à tomber sur la
profonde campagne dans laquelle je m’étais égarée
quand j’aperçus enfin cette grande bâtisse
délabrée. Nerveusement, je jetai un coup d’œil
sur ma vieille montre cabossée. Neuf heures et demie. Relevant
mon grand jupon de flanelle, j’enjambai les herbes folles,
et pris la direction de ce qui allait être mon refuge le
temps d’une nuit. Je songeai à tous les événements
qui m’avaient attirée aux abords de Paris, dans la
vaste campagne. Tandis que je mordillais l’intérieur
de ma joue, j’arrivai enfin devant la vieille maison. «
C’est une chance qu’elle soit là » pensais-je
en toquant à l’immense porte en chêne aux ornements
sculptés avec précision, et à la poignée
presque totalement rouillée et abîmée par
le temps. Je toquai une seconde fois avec plus d’insistance,
espérant une réponse. Je savais bien que je n’aurais
pas dû écouter le médecin. Ni même ma
mère. « Emma, tu es juste différente, spéciale...
Tu comprends, n’est-ce pas ? » . Non. Je ne comprends
pas.
Je finis par perdre patience, et je poussai violemment la porte.
A ma grande surprise, celle-ci s’ouvrit en un grincement
sinistre, et je pus pénétrer à l’intérieur.
C’était un grand hall, avec un sol et un escalier
central en marbre. De grands tableaux décoraient somptueusement
les murs, mais il était impossible de les détailler
avec précision car la lumière du jour avait disparu,
et je pouvais contempler les premières étoiles timides
qui apparaissaient dans le ciel que laissait voir le magnifique
dôme en verre au-dessus de moi. Le bâtiment semblait
vide, et une épaisse couche de poussière recouvrait
le sol. J’ouvris la première porte à ma droite,
et entrai dans ce qui me parut être le salon. Un vieux canapé
remplissait presque toute la pièce et, exténuée,
je m’allongeai et m’endormis dans l’instant.
Ce fut une sorte de cri d’animal qui me réveilla
au beau milieu de la nuit. Me levant avec appréhension,
je regardai ma montre. Impossible de savoir s’il était
une ou deux heures du matin tant l’obscurité était
profonde. Traversant le hall une seconde fois, je sortis prendre
l’air un instant. Je m’assis sur une marche du perron,
scrutant les alentours. Puis, tandis que j’admirais la maison,
je fus soudain frappée par sa façade. Là,
sous mes yeux, je crus la voir mouvoir au souffle du vent. C’était
comme si la maison était un immense rideau que le vent
agitait lentement au gré de ses envies. Intriguée,
j’approchai ma main avec crainte jusqu’à pouvoir
toucher le mur. Se produisit alors un événement
des plus singuliers. Elle traversa les pierres grises. Prise de
panique, haletante, je la retirai vivement. Mais la curiosité
me poussant, je posai la main sur l’édifice, et elle
la traversa de nouveau. Je restais là plusieurs longues
minutes, scrutant, fixant l’endroit où elle venait
de disparaître. Ne pouvant m’en empêcher, je
fermai les yeux et fis un pas dans le mur. Je les ouvris délicatement,
et la vision qui s’offrit à moi me paralysa.
C’était une grande maison au bord d’un lac.
Les carreaux étaient tous brisés, et la porte inexistante.
Tremblant, j’avançai lentement. Mon premier pas dans
la maison fut accompagné d’un effroyable grincement
qui me pétrifia. Des morceaux de verre jonchaient le sol,
et il manquait des pieds ou des tiroirs aux meubles. Les vases
contenaient des fleurs fanées, et le tapis était
troué. Mais ce n’était pas cela qui m’inquiétait,
me tétanisait. C’était la tapisserie. De grandes
fleurs, d’un vieux bleu. Une tapisserie étrangement
familière. M’enfonçant dans la maison, je
poussai la porte à ma gauche, et pénétrai
dans la cuisine. Le réfrigérateur, vide et ouvert,
était devenu un nid à blattes et à cafards.
Une mystérieuse odeur flottait dans l’air, et elle
me rappela celle de la dinde que cuisinait ma mère le dimanche.
En m’approchant de la table, j’y vis une page de journal
arrachée. La saisissant, je tentai de la lire quand soudain
un affreux craquement retentit, me faisant sursauter d’effroi.
Il provenait de l’étage. Paniquée, je montai
les escaliers quatre à quatre. Reprenant mon souffle, je
poussai un cri et tournai sur mes talons. Derrière moi
se trouvait une petite fille brune, aux cheveux mouillés
et à la robe en dentelle. Elle me fit un étrange
sourire et disparut.
Mes membres tremblaient désormais, et je suffoquais, des
larmes de panique mêlées à la peur roulaient
sur mes joues. Mais qui était-elle ? Pendant les quelques
secondes de son apparition, j’avais eu l’impression
d’être face à moi lorsque je n’étais
encore qu’une enfant. Hoquetant, je m’appuyai contre
le mur en essayant de retrouver mon souffle, quand il me sembla
entendre mon nom. Je calmais ma respiration pour mieux entendre
lorqu'il retentit de nouveau. Puis peu à peu, la voix féminine
qui le scandait s’intensifia, les « Emma » résonnaient
entre les murs. Je criai, et courus vers la porte au fond du couloir,
et l’ouvrant avec force, hurlai : « Stop ! Tais-Toi,
Tais-Toi ! » Mais mon nom devenait comme un appel terrible
et implorant. J’ouvris une seconde porte, et débarquai
dans un salon. Haletante, j’allais hurler de nouveau quand
les cris cessèrent. Je pleurais, et mon corps était
agité de soubresauts incontrôlables. Une fois encore,
la pièce me parut familière. Ce canapé vert
olive, cette cheminée en marbre… J’aperçus
un cadre tombé au sol. Le ramassant, ce que j’y vis
me fit échapper un cri d’horreur, et plaquant ma
main devant ma bouche, je le laissai tomber. Dans celui-ci, la
photographie de mes parents et moi. J’avais reconnu au premier
coup d’œil, ma mère et ses longs cheveux auburn,
mon père et sa chemise du dimanche, et pour finir, moi
et ma robe blanche à dentelle préférée.
Mais nous n’étions pas seuls. Dessus, une autre fillette…
Ma… Jumelle ? Je sortis à reculons de la pièce,
comme pour fuir cette réalité. Tout à coup,
elle apparut de nouveau, me faisant crier.
« Calme Toi, c’est Moi, Elisabeth. Je suis morte.
Tu te souviens ? La barque, le lac ? L’eau froide…
Mais … »
Soudain, à force d’avoir reculé, je trébuchai
et tombai en roulant dans les escaliers. Je perdis connaissance
sur le coup. Je fus réveillée par la lumière
qui filtrait à travers les rideaux. Le canapé où
je m’étais endormie ... Un rêve ? Je soupirai.
Quand soudain, j’aperçus un bout de journal froissé
dépassant de ma poche. Celui que j’avais récupéré.
Et je lus ces quelques mots, en tremblant : « Aujourd’hui,
nous avons enterré les deux petites jumelles, Emma et Elisabeth,
mortes noyées hier dans le lac de leur maison. Elles avaient
dix ans le jour du drame. Paix à Elles. »
Enfance

Eux
Une femme s'approche. Elle est
grande, brune et porte de merveilleuses fossettes au menton. Elle
élève ses doigts vers ses tempes, tire sur son visage
et l'arrache. Elle devient alors rousse. Elle attrape mes mains
et les approche de son visage, recommence. La voilà châtaigne,
avec d'autres traits. Elle rit.
Et je m'éveille en sueur. Oh non ! Encore des masques !
Je ne comprends pas. Toutes les nuits ou presque, je rêve
des personnes que j'ai vues dans la journée, et à
chaque fois elles changent de visages. Un vrai cauchemar ! J'inspire
et j'expire lentement. Mon réveil sonne. Déjà
7h00 ! Je me lève et vais me préparer.
La grande brune, c'était sûrement Béatrice,
ma collègue. La rousse une très jolie caissière
que j'avais rencontrée la veille. Et la dernière,
une parfaite inconnue. Je soupire. Ces rêves me plongent
dans une telle angoisse chaque fois !
Ma journée se passe sans
encombre. Béa est ravissante dans son nouveau tailleur
crème.
Sur une pelouse, des enfants rient
et jouent au ballon. Un vieil homme traverse le parc à
bicyclette. Il lève le bras comme pour me saluer, mais
arrache son masque et mon neveu apparaît, jeune garçon
aux nombreuses taches de rousseur.
Je me réveille à nouveau dans mon lit. Si ces rêves
ne m'étonnent plus, ils m'effraient encore et toujours.
Je vais déjeuner chez ma
mère. Elle me prépare un délicieux dessert
que je déguste jusqu'à la dernière miette.
Elle se tient debout devant moi
et chantonne mon prénom : Mon Henri, Henri, Henri. Je connais
ses rides par cœur, chaque centimètre carré
de son visage m'est familier. J'aime ses yeux bleus, ses mèches
grises et cette expression de tendresse quand elle me regarde.
Pourtant, malgré moi, j'approche mes mains de son visage.
Il faut que je sache. Je retire le masque et elle devient un homme
horriblement tatoué. Je me jette sur lui et lui enfonce
mes doigts dans les yeux pour tenter de lui enlever ce masque-là
et faire réapparaître ma mère. Il me repousse
à terre : j'ouvre les paupières sur le plafond de
ma chambre. Encore un mauvais rêve.
Une femme bronzée. Je la
connais. C'est la première femme dont je suis tombé
amoureux. J'avais neuf ans et c'était ma monitrice de voile.
Nous nous sourions. Et encore une fois, elle laisse tomber son
masque et se métamorphose en une parfaite inconnue.
Je me réveille en sursaut. Je crois que je tiens ce qui
rend ces cauchemars si effrayants. Que des personnes familières
se transforment en cette multitude d'étrangers...
Au bureau, Béa s'approche
de moi évoquant des dossiers en retard. Elle fronce les
sourcils. Je hausse les épaules et fais tomber son masque.
Elle devient ma mère. Sa voix a changé, mais pas
son expression. Je me souviens quand ma mère me grondait.
Une grimace et je tire encore sur son visage. De nouveau une inconnue
! Je me lève et descends dans la rue.
Je croise par hasard mon neveu qui me propose une partie de ballon.
Je refuse gentiment, alors il se transforme en une petite fille
que je ne connais pas.
Je commence à avoir peur. Mes rêves ne ressemblent
pas à cela comme d'habitude. Une femme, me hèle,
me rattrape en courant et me tend mon pardessus en ajoutant :
"Tu as oublié ça au bureau !
- Comment ? Mais qui êtes vous ?
- Moi ? Mais je suis Béatrice Laviront ! Tu plaisantes
n'es t- ce pas ?Tu sais bien que nous travaillons ensemble, Henri."
J'ai peur. Cette femme n'est pas Béa. Je marche dans la
rue, et je me sens mal. Le boulanger me salue, comme tous les
jours, sauf que ce n'est plus le même homme. Je panique.
La femme qui se dit être Béa s'approche à
nouveau, accompagnée d’ une autre dame plus âgée.
Je tente de les ignorer.
"Voyons Henri ! Cesse de faire l'enfant !" Elles m'entraînent
chez moi.
"Tu dois être malade, affirme la plus âgée.
Ne t'inquiète pas, je vais te faire un bon bouillon, comme
quand tu étais petit."
Dans le hall d'entrée, je les arrête. Je m'approche
du grand miroir, et croise les yeux de mon reflet terrifié.
Je porte lentement les doigts à mes tempes, et arrache
mon masque. Et j'observe, frissonnant, mon nouveau visage, qui
m'est absolument et irrémédiablement inconnu.
Eux

Führer
C'est au cours du mois de juin 1997 que se déroule
cette histoire, elle a lieu dans un village qui depuis les événements
est hanté, c'est du moins ce que prétendent certain
fous du village voisin.
Eva a treize ans, jolie fille aux yeux verts et aux cheveux châtains
foncés. Elle vient de finir son année de quatrième
et, vous savez à quel point nous sommes idiots et naïfs
à cet âge-là...
En ce début de vacances, Eva a invité quatre de
ses meilleures amies à venir dormir chez ses grands-parents
à Rouffiac-Tolosan, charmant village dont la moyenne d'âge
est de soixante six ans, et , étrange coïncidence,
le village est composé de six cent soixante six habitants
à l'année.
Les filles sont enfin arrivées chez Mamicha et Pacha (les
grands-parents maternels d’Eva) ; ravis de les avoir chez
eux, leur ont fait un chaleureux accueil mais malgré cela,
la maison avait un air étrange, comme si elle était
devenue sinistre... Illusion indescriptible.
Les filles s'amusèrent toute la journée au soleil,
elles allèrent à la piscine, elles montèrent
dans les arbres, jouèrent avec le chien Billy et finirent
par regarder la télévision, et plus précisément
le « Big Dill ». Pacha et Mamicha, ayant des mondanités
ce soir-là, durent laisser les cinq amies toutes heureuses
de leur journée. (Quels inconscients !)
Table à trois pieds, cinq bougies, un scrabble, un verre
d'eau et un calme exceptionnel...
Elles avaient tout pour mettre à disposition une invocation
d'esprit, c'est l'idée qu'eut Eva. Une fois le dispositif
mit en place, elles s'assirent toutes les cinq autour de la table,
posèrent les lettres OUI et NON à l'opposé
de la table, et le verre au milieu. Enfin, elles commencèrent
à appeler '' l'au-delà '':
«-Esprit es-tu là ? », murmura Eva.
Rien ne se passa, les autres filles se mirent à rire bêtement.
« -Esprit es-tu là? », recommença Eva,
cette fois en haussant la voix.
Le chien Billy se mit à aboyer frénétiquement,
exactement comme s'il voyait au loin à trois cent mètres
une chienne en chaleurs, inaccessible à cause du grillage
qui l'emprisonne.
Cette fois-ci toutes les filles crièrent ensemble : «
Esprit es-tu là? ».
Elles entendirent un gros ''boum'', mais étrange, elles
ne sentirent aucun tremblement. Elles entendirent à nouveau
un écho qui se propageait à l'infini. Les cinq filles
toutes excitées et fières d'elles, commencèrent
à poser des tas de questions stupides et inutiles, mais
à chaque question, le verre se dirigeait vers Eva:
« - Qui est la plus belle? »
« - Qui est-ce-que tu préfères? »
Et d'autre questions diverses et variées...
Elles continuèrent à s'amuser avec l'esprit jusqu'à
minuit et elles partirent se coucher.
Eva en allant se brosser les dents, vit un message sur la glace,
avant de bien distinguer ce qu'il y avait écrit, elle commença
à sentir un furtif courant d'air chaud, puis une soudaine
angoisse s'empara d'elle, le message disait: «- Ravi de
vous avoir rencontrée gente demoiselle »
Le message lu, un sourire apparu sur son visage, à croire
que cela ne lui faisait finalement pas la moindre peur, au contraire.
Toute la nuit elle sentit une présence rassurante dans
son lit, une sorte de chaleur humaine...
Le lendemain matin, en ouvrant les volets elle regarda le ciel
pendant une heure, à croire qu’elle devenait folle
à cause de cet esprit, puis un fleuriste arriva pour déposer
des fleurs, il y était posé un petit mot : «
De la part de Dolfi, votre admirateur ». Elle n'arrêtait
plus de penser à lui à présent, il hantait
ses pensées. Elle laissa tomber ses amies et ses grands-parents
prétextant qu'elle était malade. Les deux tourtereaux
s'écrivaient des mots à travers un cahier, se racontant
leur vie (mensonge ou vérité de la part de Dolfi,
là est la question pour Eva). Pendant deux jours ils n'arrêtaient
pas de se parler, Eva était devenue complètement
amoureuse de son esprit, Dolfi...
Un matin, il lui proposa d'aller le rejoindre à travers
une porte, il lui garantit qu'elle pourrait revenir. La porte
apparut sous ses yeux, belle, illuminée et attirante...Curiosité
et passion l'envahirent d'un coup et sans se poser de question
elle y rentra. Lorsqu'elle en ressortit, elle était morte,
asphyxiée....Et dire qu'elle croyait rencontrer son prince
charmant, à treize ans!
Ses grands-parents la découvrirent au milieu de sa chambre,
étendue avec un mot sur son ventre écrit avec du
sang: « Je reviens. ».
Deux jours après, les grands-parents ainsi que les quatre
amies moururent, en ayant voulu entrer par cette porte, asphyxiés
eux aussi par un gaz, dans leur chambre.
Petite précision: les personnages
de cette histoire avaient tous un point commun, ils étaient
juifs...
Führer

La
Lettre
La famille Thomson habite à l’année
dans un camping de la banlieue de Seattle. Eve Thomson, mère
au foyer, s’occupe seule de ses deux enfants, Tom et Laura,
en l’absence de son mari au travail. Les moyens de la famille
Thomson sont très insuffisants pour satisfaire aux besoins
de ses quatre membres. Ceci est la principale préoccupation
de Madame Thomson qui se prive au maximum de tout superflu pour
rendre la plus agréable possible la vie de ses enfants
de cinq et sept ans. Elle ne travaille pas, gère sa maison,
accompagne ses enfants à l’école chaque matin
et revient les chercher le soir.
Un matin, alors qu’elle venait d’accompagner Tom et
Laura, elle regarda dans la boite aux lettres, comme chaque jour,
pour y relever le peu de courrier qu’elle recevait. Eve
rentra chez elle, pour s’asseoir tranquillement sur la chaise
de son salon qui servait en même temps de salle à
manger. Elle en arriva à la dernière lettre, qui
n’indiquait aucun objet, aucun expéditeur. Elle n’était
même pas sûre que cette lettre lui soit destinée.
Elle l’ouvrit tout de même et constata qu’elle
ne contenait qu’une feuille blanche à l’intérieur.
La trouvant inintéressante, elle la jeta.
Le lendemain, en ouvrant machinalement sa boite aux lettres, elle
trouva à nouveau une lettre similaire qu’elle jeta
également, ne comprenant toujours pas à quoi elle
servait, ni ce qu’elle cachait.
Un jour, elle décida de surprendre et d’identifier
la personne qui la lui glissait quotidiennement dans sa boite.
Elle se mit à sa fenêtre rapidement en revenant de
l’école. Soudain elle aperçut un homme, bondit
à l’extérieur et l’interpella :
« Qui êtes vous ? Que faites vous près de chez
moi ? Et qu’est ce que cette lettre que vous me glissez
chaque jour dans ma boite aux lettres ? - Vous avez dû mal
regarder. », s’enquit-il de répondre. A ses
mots il pressa le pas, laissant tomber derrière lui une
lettre semblable aux précédentes. Lorsqu’elle
l’ouvrit elle remarqua que la feuille brillait à
certains endroits et réussit à décrypter
: « Cette lettre peut te donner tout ce que tu désires,
il te suffit juste de le lui demander. » Elle s’exclama
alors :
« J’aimerais trouver une somme d’argent suffisante
pour payer mes factures. » Rien ne se passa, elle rangea
la lettre dans son placard de cuisine.
Le lendemain, en relevant son courrier, elle souleva une enveloppe
assez lourde, l’ouvrit et découvrit une liasse de
billets. Elle rentra chez elle pour compter le tout puis sortit
la lettre du placard. Elle souhaita ensuite une robe qu’elle
reçut le lendemain, puis quantité d’autres
objets, jusque-là inabordables. Son mari ne remarqua point
les changements qu’elle avait apportés à leur
petit abri, ni même la coquetterie d’Eve. Mais elle
n’y prêta pas attention car elle avait l’habitude
d’être invisible à ses yeux. Elle savait que
son apparence lui importait peu. En attendant, c’était
une femme heureuse de tout ce qu’elle obtenait, même
si elle ne comprenait toujours pas l’origine de tous ces
changements.
Un jour, elle se réveilla près de son mari, qui
partait tôt, et qu’elle ne voyait, d’habitude,
jamais le matin. Il lui demanda pourquoi leurs économies
augmentaient de jour en jour. Elle lui répondit qu’elle
avait reçu une lettre qui comblait toutes ses demandes.
Son mari, perturbé et surpris, voulut la voir. Elle refusa.
Il décida donc de retourner travailler, ne croyant point
à son histoire.
Quand il fut parti, Eve Thomson alla chercher sa lettre et souhaita
que son mari soit plus présent, qu’il passe plus
de temps avec elle.
Le lendemain, en revenant de l’école, elle découvrit,
stupéfaite, son mari, à côté de la
boite aux lettres, allongé par terre. Elle se précipita
vers lui et constata avec effroi qu’il était mort.
Sur son corps était posée une autre lettre qu’elle
ouvrit, alors qu’elle sanglotait encore, et qu’elle
déchiffra, tétanisée :
« Le seul moyen d’être toujours près
de lui, vous le connaissez. » Elle découvrit à
l’intérieur de l’enveloppe, un autre message,
caché par la feuille blanche : « Ici on prend tout
au pied de la lettre. »
La
lettre

LA
RUE DU VERT GALANT
Je m’appelle Anne.
J’ai maintenant 63 ans, et je vais vous conter l’histoire
que j’ai vécue il y a 25 ans de cela.
Nous sommes un 20 novembre 1990 à Sarlat, en Dordogne.
Je suis vêtue d’une robe blanche et porte une paire
de boucles d’oreilles appartenant à mon arrière
grand-mère. Je respire un grand coup et voilà qu’un
homme me dit : « Mlle Anne Véronique Marie GRULOT,
acceptez-vous de prendre pour époux Mr Arthur Pierre André
BARI ici présent ? »
D’une voix solennelle et épanouie, je réponds
alors un grand : « OUI, je le veux !»
Nous sommes le 20 novembre 1990 et je viens de me marier.
Projetons-nous maintenant une semaine après mon mariage.
Lors d’une conversation avec mon mari Arthur, nous décidons
d’acheter une maison disposant d’un beau paysage.
Nous écumons alors, heures après heures, tous les
journaux, ainsi que les vitrines des agences immobilières,
afin de trouver notre bonheur.
Un jour, alors que mon mari travaillait, je décidai de
sortir me promener et d’aller au marché afin d’acheter
les carottes et patates qui manquaient à mon pot-au-feu.
Cela faisait une heure que j’étais en ville lorsque
je m’arrêtai brusquement devant une vitrine que je
n’oublierais jamais (vous comprendrez plus tard pourquoi),
rue du Vert Galant. Cette vitrine était ridiculement poussiéreuse,
l’agence immobilière minuscule… Mais une photo
se détachait en plein centre. Elle représentait
une maison vue en façade. Il y avait aussi une fiche de
renseignements qui indiquait :
« Superficie : 450m², année de construction
: 1947, prix : 220000 Francs, nombre de pièces à
vivre : 10 »
La superficie était plus importante que celle que l’on
souhaitait, le prix représentait moins que notre budget.
Après un examen complet de la fiche, je rentrai chez moi.
Mon mari, Arthur était déjà assis sur le
canapé et regardait le journal télévise de
midi. Je m’assis à ses côtés, lui demandai
comment sa journée s’était passée et
lui annonçai alors : « Je suis allée aujourd’hui
me promener en ville et je suis tombée en arrêt devant
une agence immobilière rue du Vert Galant. Je crois avoir
vu une maison qui nous conviendrait. Je pense qu’il faudrait
qu’on aille rencontrer l’agent immobilier. »
Mon mari me regarda et esquissa un sourire. Au bout de quelques
temps il me dit alors : « Tu ne peux pas imaginer à
quel point cette nouvelle me fait du bien. Je te propose d’y
aller demain, vers onze heures. »
Le lendemain, nous nous sommes donc rendus dans cette agence.
Mon mari passa la porte, parla durant de longues minutes, du prix,
du paysage, du confort… Et après avoir vu quelques
photos, Arthur se tourna vers moi. Alors je fixai l’agent
immobilier et affirmai : « On l’achète ! »
Mais après réflexion, cette rapidité de décision
me parut très étrange… Ce ne fut que le soir
même qu’Arthur m’annonça que les propriétaires
étaient morts et que la maison ne pourrait être visitée.
Avançons maintenant dans le temps…
Cela fait quelques mois que nous habitons cette maison. Les premier
et deuxième mois se déroulèrent sans encombre.
Mais ce fut au bout du troisième que la situation devint
étrange… Ce que je veux dire, c’est que mon
époux avait changé. Tout d’abord, il commença
par être plus que dépensier, joua au poker, s’acheta
des objets inutiles… Ensuite il m’amena au cinéma,
au musée… Des sorties que nous ne faisions jamais
étaient devenues pour lui une nécessité.
Au bout de quelques temps, je lui demandai de m’expliquer
ce brusque changement, mais ce qu’il me répondit
me fit - et me fait encore - froid dans le dos! : « C’est
pour elle que je le fais car elle me l’a demandé.
»
A ces mots j’eus la réaction que toute femme aurait
eue… Je fis ma valise et m’en allai.
Deux semaines plus tard, j’appris la mort de mon mari, d’un
arrêt cardiaque alors qu’il était en train
d’écrire. La tristesse m’envahit. Des jours
passèrent durant lesquels je vidai notre maison …
Alors que je rangeais, je trouvai une feuille qui contenait, je
pense, ses dernières volontés et qui disait :
« Anne je suis désolé d’être l’homme
que je suis devenu, insensé. Mais avant de partir tu dois
savoir pourquoi. D’après mes recherches, cette maison
serait vivante ! Je sais que cela te surprendra, mais il faut
que tu me croies. Cette maison est vivante, elle se nourrit de
l’âme de ses habitants, vit à travers nous,
ce qui explique mon attitude. Et c’est pour cela que tous
les anciens propriétaires sont morts, la maison les a tués…
! »
La lettre s’arrêtait là car je constatai que
mon mari n’avait pas eu le temps de finir. Je n’en
crus pas un mot, brûlai la lettre et mis en vente la maison.
Les années passèrent, les propriétaires se
succédèrent, les décès ne faisaient
qu’augmenter, et moi seule savais pourquoi et comment !...
Ce n’est qu’en vous racontant cette histoire, que
je comprends vraiment que ce que mon mari m’avait dit était
vrai. Mai je ne pouvais et ne peux toujours rien : personne ne
me croirait…
Alors que je regardais la télé, mon journal dans
une main et une tisane dans l’autre, je vis sur la dernière
page se détacher la photo d’une maison à vendre
et une fiche de renseignements qui mentionnait:
« Superficie : 550m², année de construction
: 1947, Prix : 220000 Francs, nombres de pièces a vivres
: 20. »
Je réalisai alors que la superficie avait augmenté
et le nombre de pièces également. Je compris alors
que cette « chose » prenait de plus en plus d’importance,
grandissait au fur et à mesure qu’elle ôtait
des vies ! Comment pourrons-nous arrêter cela ?
La rue de Vert Galant

Qui
suis-je ?
Hadrien, vingt-cinq ans, assistant
funéraire, marié, père de deux enfants handicapés.
J’ai toujours été souriant, mais je me suis
toujours renfermé sur moi-même. Voilà pour
moi.
Manon, vingt-deux ans, elle était étudiante en commerce.
Mariée, mère de deux enfants. Je ne sais pas ce
qu’elle m’a trouvé. Manon est joyeuse, vive,
jolie. Voilà pour elle.
Matthieu, sept ans, mais il en fait deux. Matthieu était
né normalement. Mais il n’a jamais grandi, ni son
corps, ni son cerveau. Personne ne saurait vous parler de sa personnalité.
Voilà pour le premier.
William, plus jeune, trois ans. On a su il y a très peu
qu’il était comme son frère. Sa personnalité
aussi est inconnue ou inexistante. Voilà pour le second.
Mais deux comme eux, ça en vaut dix valides.
On vivait tous quatre dans une
ville. Dans une maison au centre. Rien d’extraordinaire.
J’étais donc assistant funéraire, c’est-à-dire
que, dans une agence de pompes funèbres, c’est sur
mon épaule que les gens pleurent. La mort, les personnes
sans vie, sans âme m’étaient familiers.
Ça devait être un mardi, fermeture, une journée
remplie et tous mes problèmes personnels continuent de
ronger mes organes. Après ce genre de journée, j’aimais
bien m’arrêter au bord d’un lac avant de rentrer.
On pouvait s’y baigner ; d’ailleurs, pendant les vacances,
certaines familles s’y baignaient. Allez faire ça
avec un enfant qui ne peut ni nager, ni apprendre, ni crier s’il
se noie. Enfin, pour l’instant, je me contente de m’accroupir
sur le bord, à barboter avec le bout des doigts dans l’eau.
Je me penchais alors au-dessus de l’eau pour voir quelle
tête j’avais offert aux familles. À ma grande
et terrifiante surprise, il n’y avait personne. Pas de reflet.
J’en fis un bond. Affolé, où est mon ombre
? En reculant, rien n’apparut. Je n’avais plus de
reflet, plus d’ombre. Mais alors, est-ce que j’existais
encore, y avait-il encore un moi ? Où étais-je ?
À toute vitesse, je rentrai. Me précipitai vers
la première personne : « Matthieu, c’est papa,
tu me vois ? ». Qu’il est bête ce gosse, il
ne sert à rien, même pas capable de lever la tête.
Manon ! « Bonjour, mon croque-mort… ». «
On dit assistant funéraire ! ». Attends, elle m’a
parlé, donc elle m’a vu, donc je ne suis pas mort,
je suis en vie. Ça fait du bien.
Si moi je suis là, où est le visage qui est normalement
dans le miroir de l’entrée ?
Ne pas avoir de reflet, ni d’ombre est très embêtant.
Allez expliquer à votre femme pourquoi vous évitez
le jour. Allez expliquer aux familles pourquoi vous avez sauté
au sol en voyant le miroir qui est resté accroché
à l’accueil.
En rentrant de l’agence, Matthieu était plié.
Il ne pouvait plus se redresser. Il fallut l’opérer.
L’opération qui devait lui faire voir le ciel a réussi,
il est mort. Merci docteur, merci de nous en avoir débarrassés.
Manon n’a jamais aimé mes blagues sur les enfants,
même si je les aime, moi.
Je crois qu’elle n’a surtout pas aimé que je
remercie le médecin de nous en avoir débarrassés.
Puisqu’elle aussi s’est débarrassée
de moi.
Malgré toutes les choses horribles que je pouvais dire,
Matthieu était parti trop tôt. Il devait le savoir
et, cette nuit-là, j’eus une grande discussion avec
mon fils. Il me fit de grandes révélations : son
handicap n’était qu’un masque derrière
lequel il s’était caché pour ne pas affronter
la vie terrifiante. J’eus aussi droit à une morale
: la vie n’est pas si terrifiante que ça et j’ai
donc intérêt à me remuer pour rattraper le
temps que j’ai perdu.
Le lendemain, je ne travaillais que le matin, mais j’ai
toujours rêvé de sécher : je n’irai
pas ! Marc, Luc, Paul, qu’ont-ils fait après le lycée
? On a toujours dit qu’on remplirait la fontaine de la mairie
de savon ! Cet autre pari : cents astuces pour énerver
un vendeur : compteur lancé. Des jeux d’adolescents,
oui, la plus grande période de ma vie que j’ai ratée.
En fermant la boutique, je m’arrêtai devant ma vitrine,
eh, mais c’est moi ce mec ! Quel beau garçon. C’était
moi, mon reflet, et mon ombre.
Je rentrai en vitesse, j’allais
tout raconter à William, on en aurait pour deuxjours. Mais
on en a eu pour cinq heures aux urgences, car William dût
être opéré d’urgence, et je suis rentré
seul.
William avait dû voir que j’avais pris un nouveau
départ, et voulait me laisser tout recommencer. Sale môme
! D’abord Matt, puis toi… Vous m’aurez embêté
toute votre vie ! Et maintenant que je veux partager quelque chose
avec vous, vous me lâchez. Vous ne m’aurez pas, je
ne résisterai pas face à ce camion ; j’ai
hâte de vous embrasser.
Qui suis-je

Rappels
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