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Résultats 2010

 

 

 

 

 

 

Le Concours de la Nouvelle fantastique 2009-2010
en Seconde.

 

C’ est l’histoire d’une Mission : enseigner, et surtout faire vivre les programmes nationaux en Français.

Au menu de la Seconde, entre autres, trois « Objets d’ étude » consacrés à l’ univers romanesque, celui des livres et des écrivains…


C’ est l’histoire d’ une Passion : pour l’écriture, pour la promotion des élèves qui nous sont confiés.

Le défi est de faire de chaque lycéen un écrivain, avec, à la clé, la chance d’ être lu, élu et édité.

C’ est l’histoire d’une Communion : autour des livres, passe-temps et passeports incontournables.
Né en 2002, le Concours réchauffe et dynamise l entrée dans l’ hiver, suscitant un bel enthousiasme intergénérationnel : Temps fort au plan humain, pédagogique et culturel.

Trois jurys sont désormais constitués : le Jury du Caousou, le Jury littéraire ( partenariat avec la Médiathèque de Toulouse, Privat et Ombres Blanches, La Pléiade et plusieurs écrivains reconnus qui nous ont fait l’honneur de participer à ce jury spécifique) et Jury des Internautes.

C’est également l’histoire d’une Complémentarité entre Arts Plastiques et Littérature, puisque cette année, les nouvelles des lauréats se verront illustrées par le groupe d’Arts Plastiques de Seconde.

Alors avant de passer au vote en ligne qui vous sera proposé fin janvier ( agenda à suivre), découvrez le sujet à partir duquel tous les lycéens de seconde viennent de composer.

 

En réutilisant au mieux vos savoirs et en laissant s’exprimer votre imaginaire, composez une nouvelle fantastique qui s’inspirera librement, en partie ou en totalité, de cette citation et de cette toile du peintre René MAGRITTE (1898-1967)
« Chaque chose que nous voyons en cache une autre. Nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons »

 

 

Que cela vous aurait-il inspiré ?

 

Voici les nouvelles sélectionnées :

- Au clair(e) de la lune

- Enfance

- Eux

- Führer

- La lettre

- La rue du Vert Galant

- Qui suis-je

(sous la nouvelle vous trouverez le lien permettant de la télécharger)

 



BRAVO aux lauréats du prix de la Nouvelle Fantastique 2010 !


Alexis MERLE ( 2e1) pour Führer
Agnès GARRIGUE ( 2e2) pour Eux
Anna BIROLLI ( 2e3) pour Au clair(e) de la lune
Lisa CONTRASTY pour La lettre
et Sophie GAU pour La rue du vert galant (2e4)
Théo ANDRIOT pour Qui suis-je ?
et Etienne PERSONNAZ avec Pour quelques roses…
Flore BARDET pour Enfance


Les résultats, proclamés au C.D.I avec la complicité des professeurs documentalistes devant tout le niveau Seconde et leurs responsables, ont récompensé :

Agnès GARRIGUE, qui remporte finalement le Prix Littéraire ainsi que le Prix des Internautes, grâce à sa nouvelle Eux.

Anna BIROLLI qui obtient le prix du Caousou avec sa nouvelle Au clair(e) de la lune.


Un grand merci à Madame BERTHAUX ( écrivain, prix Prométhée de la Nouvelle), à Monsieur BARRERE( poète), à François BON( écrivain), à Daniel PICOULY ( écrivain), à Madame BRUN (représentant la Médiathèque J. CABANIS), à M. TERRANCLE (représentant les éditions PRIVAT), à Madame MARTIN (représentant la librairie la Pléïade), à N. GASBARRI ( écrivain) qui nous ont fait l’honneur de participer au Jury Littéraire.


Nouveauté cette année ! Un café littéraire convivial rassemblant les lauréats, leurs professeurs de Lettres de Seconde, leurs responsables et sympathisants et surtout les membres du Jury Littéraire disponibles alors, permit à chacun d’échanger en toute liberté sur les plaisirs et les angoisses liés à l’écriture. Un moment de partage riche et fructueux dont voici le témoignage de lycéens :

« C'est autour d'un énorme plateau de pâtisseries que nous, adolescents d'environ seize ans, nous nous retrouvons devant des auteurs, des poètes, et d'autres personnes visiblement contaminées par un étrange virus, celui de la littérature, et cela se voit dès que l'un d'eux parle des nouvelles.
Si prendre la parole n'est pas toujours aisé, même intimidé, quand l'un de nous commence à parler, on n’ a qu'une envie, c'est de l'approuver. Peu à peu, on a l'impression qu'en fait, on est tous pareils. On écrit, on lit, on jette, on recommence. Gagnant, perdant, content ou déçu, on entend des critiques, positives comme négatives, de la bouche de personnes que l'on pensait trop expérimentées pour apprécier le texte d'élèves de nos âges. On est d'accord, on se questionne, on leur répond, nous obligeant à prendre du recul sur notre travail. On regrette certains de nos choix, on sourit aux compliments, on se dit qu'on aurait dû écrire cela, faire ceci. Mais au final, il faut croire que nos choix nous ont menés devant toutes ces personnes- là, devant leur expérience et leurs avis. Alors, finalement, on ne peut en sortir que gagnant, avec de nouvelles idées, des conseils, des critiques. Mais aussi avec une seule envie. Continuer à écrire. »

Article de Flore Bardet (2°6°)
Auteur de « Enfance ».

 

« Suite au concours de la nouvelle, le 9 février 2010 nous avons tous assisté à la remise des prix de la nouvelle.
Ensuite les 7 lauréats des différentes classes de secondes sont restés pour participer à ce qu’on appelle un « café littéraire ». Alors nous avons pu répondre à des questions que les professeurs présents nous posaient mais aussi à celles de certains écrivains qui composaient le jury de la nouvelle.

J’ai trouvé extraordinaire et fabuleux de pouvoir s’entretenir comme cela, en petit groupe, avec les personnes qui nous ont lus, car elles nous ont expliqué ce que nous avions su maîtriser et ce que nous avions encore à apprendre et/ou à approfondir. Et puis ces personnes étaient quand même des écrivains ! J’ai eu une chance incroyable et c’est quelque chose que je n’oublierai jamais.
De plus, je trouve que c’est une très bonne idée de faire un livre contenant les nouvelles de tous les lauréats de chaque année depuis que ce concours a été lancé. »

Sophie GAU, auteur de La rue du Vert Galant (2e4)

 


« Le Café Littéraire auquel j'ai pu participer fut très intéressant. J'ai beaucoup aimé connaître les moyens utilisés et les principes suivis par les autres lauréats pour parvenir à enrichir leur écriture. Tous les points abordés dans leur nouvelle ont été justifiés et discutés avec le jury littéraire. J'ai compris par la suite qu'ils avaient pris plaisir à écrire ces nouvelles car ils en ont l'habitude. Comme ils l'ont souligné, ils écrivent souvent chez eux et selon eux, l'écriture est un monde à part, qui permet de s'évader et de se plonger dans un monde imaginaire.
Cette définition de l'écriture m'a permis de découvrir un autre sens à cette passionnante activité.
Or, moi, je n'ai pas eu le sentiment d'avoir réussi pleinement ma nouvelle. J'ai tout de même été rassurée par l'un des membres du jury qui m'a assuré que ma nouvelle était réussie.
Malgré cette petite déception, les points de vue et les dialogues entre jury, professeurs et lauréats ont été fort enrichissants. Il y avait une très bonne ambiance. Malgré ma timidité, les autres élèves ont su entretenir une conversation avec les membres du jury et les professeurs. De plus, les confiseries ont su accompagner cette bonne ambiance... »



Lisa CONTRASTY, auteur de La Lettre ( 2e4)

 


« Les derniers lycéens quittent enfin le CDI, nous laissant excités et heureux à côté du rayon littérature jeunesse. Une porte ouverte laisse voir des plateaux entiers de pâtisseries, et nos professeurs nous félicitent encore une fois. Les garçons se donnent l'accolade, tout le monde a les joues rouges. Nous passons à côté, les adultes font circuler thé, chocolat, chouquettes et macarons. Entre les huit lauréats, tous nos professeurs de français, les poètes, écrivains, deux élèves de terminale L, les dames du CDI, Mme Bernard et quelques autres, une délicieuse complicité s'installe. Certains élèves, même s'ils se connaissent tous de prénoms et de noms se découvrent des affinités. Les barrières tombent. Après quelques photos, les lauréats échangent des regards amusés. Les âges se confondent.
Nous repassons dans le CDI et le café littéraire commence.. Nous huit formons une petite ligne, bien droite et sage. Les adultes nous sont présentés, et nous découvrons d'inattendus écrivains parmi eux, un coordinateur et un professeur de matières scientifiques. Ils nous félicitent une nouvelle fois, et certains expliquent vers qui allait leur préférence, se justifient, les yeux brillants.
Les questions fusent, et nous voilà en train d'expliquer nos titres, nos hésitations, nos joies et notre plaisir. Tous, nous sommes encore surpris d'avoir été jusque là, surpris du plaisir qu'on a pris à jouer le jeu. Certains écrivaient déjà, d'autres se sont découverts. Nous décrivons notre exaltation à se laisser emporter par la plume. Un point commun : aucun de nous ou presque
n'avait très précisément le début, l'enchaînement et la chute de son histoire juste avant de l'écrire. Les avis sont nuancés quant à cette méthode.
Les élèves se comprennent étrangement bien, nous finissons la phrase d'un autre ou approuvons vivement ses paroles. Les professeurs sont fiers, très fiers, et sourient. Il fait chaud, les aiguilles de l'horloge paraissent ensorcelées, tournent et tournent encore. Que nous apporte l'écriture ? Question difficile, et nous avons tenté de répondre au mieux. La complicité entre les adultes et nous est presque palpable, elle est là et bien là, faisant plaisir à tous.
Malgré tout, il faut partir. Quelques uns se dirigent vers la sortie, et les derniers forment de petits groupes avec les enseignants, qui ont tenu à nous féliciter une dernière fois. Les mains sont plaquées sur les joues, pour tenter de les rafraîchir. Nous remercions encore les adultes, récupérons nos cadeaux et dérobons une dernière tartelette. Le Caousou est bien silencieux, vide d'élèves et de professeurs, et nous sortons en se disant que l'on a passé une excellente après-midi. »

 

Agnès GARRIGUE, auteur de Eux (2e2)

Le projet se poursuit maintenant concrètement.
Grâce au partenariat entretenu avec l’A.P.E.L et les éditions PRIVAT, les nouvelles des gagnantes seront publiées et illustrées, cette année.

BRAVO également au groupe d’Arts Plastiques de Seconde qui a tenté l’expérience de l’illustration. Conseillés par Ghislaine HABY et l’illustratrice Marie CIOSI, ces lycéens ont élaboré chacun cinq compositions ainsi qu’une première de couverture dont voici quelques exemples.

Couverture :

Anais Goudallier

Louise Javelot

Charlotte Jauffret

 

Du Sang et des mots (nouvelle de l'année dernière)

Marie Nivot

Quentin Farenc

 

Eux

Agnès Garrigue

Anna Rykner

Manon Fournier

Léa Gevin

Théo Isaacs

 

au clair(e) de la lune

Alizée Caucanas

Anais Goudalliers

Jade Guilbaud

Théo Isaacs

Quentin Farenc

 

L’épreuve définitive des textes illustrés paraîtra en juin et sera alors offerte grâce à L’APPEL à chacun des élèves de Seconde

 


 

Au clair(e) de la lune


Ce matin-là, et comme tous les jours depuis des années, j’empruntais le long couloir qui mène au salon afin d’y saluer mon père. Seulement, une fois arrivée devant la porte délicatement ajourée, les souvenirs émergèrent de l’inconscience nuageuse dans laquelle mon sommeil m’avait plongée. Désormais, je me rappelais très bien la scène. Ce moment terrible où l’homme en qui j’avais une confiance aveugle et démesurée m’avait appris qu’aucun lien de sang ne nous unissait. Cela s’était passé la veille et je ne me souviens que du goût salé de mes larmes ce soir-là. Cette trahison faisait affluer la hargne en moi, je ne pouvais comprendre les raisons qui l’avaient poussé à agir ainsi. Je fis donc demi-tour et me dirigeai vers ma chambre d’un pas aussi léger et insonore que possible. C’est à ce moment-là que je la vis. Cette porte banale et d’autant plus mystérieuse qu’elle avait constitué mon seul interdit depuis que je vivais au 33 rue des lilas, autrement dit depuis toujours. Je suis incapable de me rappeler du nombre de fois où je l’avais entendu me dire dans un sourire : « Claire, tu n’entreras pas dans le bureau de papa, tu me le promets n’est-ce pas ? » Ce temps-là était révolu. En trahissant ma confiance, il m’avait donné le droit et même une raison, d’en faire de même avec lui. Ma décision était prise : j’allais pénétrer dans son bureau. Je me faufilai dans ma chambre, me glissant dans mes draps encore chauds.


Quelques heures plus tard, le claquement de la porte d’entrée m’avertit de son départ. Il était à l’usine. Sauf si, là aussi il m’avait menti ; à mon grand désarroi, ce ne serait pas la première fois. C’est en repensant à son mensonge que mes derniers scrupules disparurent. Je savais où il rangeait la clé. Je m’en emparai rapidement et me plaçai devant la porte. La clé brûlait ma petite paume et des gouttes de sueur étonnamment froides parcouraient mon dos dans un effroyable frisson. Et s’il revenait ? Et s’il me surprenait dans son bureau ? Toutes ces questions me torturaient tel un esprit malin. Enfin, je me décidai à insérer la clé dans la serrure. Je ne la tournai pas immédiatement, me contentant de la fixer. Peu à peu, j’enclenchai le mécanisme, un premier déclic se fit entendre, me faisant sursauter. Puis un second. Enfin la porte s’entrebâilla dans un grincement terrifiant. Du bout des doigts, j’ouvris la porte. La pièce était très sombre et ne semblait pas avoir de murs. Je fis un pas en avant et émis un hoquet de stupeur lorsque je sentis mon pied se dérober sous mon corps, m’entraînant dans une interminable chute.


Bien que cela semble invraisemblable, le sol était devenu plafond et inversement. Plus étrange encore, il faisait nuit et seule une terrifiante lune rouge était source de lumière. Je voulus m’enfuir mais, dans mon dos, la porte avait disparu. Un hurlement à glacer le sang se fit alors entendre et je mis plusieurs secondes à me rendre compte qu’il provenait de ma propre gorge. Désespérée, je me mis alors à courir sans trop savoir pourquoi. L’horreur s’était emparée de moi. Après quelques minutes de course effrénée, je dus me rendre à l’évidence : il n’y avait pas de murs et je n’étais plus désormais dans le bureau de papa, ni même dans le monde où j’avais vécu jusqu’à présent. C’était un monde infâme et vide. Seules quelques racines tortueuses jonchaient le sol, bien qu’aucun arbre ne soit visible aux alentours. Au loin, j’aperçus une seconde lune rouge. C’était en fait la réverbération de ce maudit astre nocturne dans un lac terrifiant qui semblait sans fond. J’aperçus alors mon reflet qui me fit hurler. Mes traits étaient tirés, mes yeux injectés de sang et mon teint terreux. Quiconque m’aurait vue ainsi m’aurait confondue avec un macchabée. Après tout, cela n’importait guère puisque plus personne ne me verrait. J’étais coincée ici, sans vraiment savoir où. Un monde parallèle, peut-être ? Je me mis à fixer cette maudite lune de façon si intense que mes yeux en vinrent à me brûler. Au fur et à mesure, la lune s’éclaircit jusqu’à perdre tout à fait sa teinte rougeâtre. Tout était devenu blanc et la lune avait complètement disparu. Où étais-je ? Je regardais autour de moi : cette fois-ci, je me trouvais dans une salle mais pas une pièce de chez moi. Je me dirigeai vers l’unique porte de ce lieu et mes yeux s’écarquillèrent lorsque je lus ces mots sur un petit écriteau : « Claire Dubois, cas avancé de folie. »

Au clair(e) de la lune

 


 

Enfance


La nuit commençait à tomber sur la profonde campagne dans laquelle je m’étais égarée quand j’aperçus enfin cette grande bâtisse délabrée. Nerveusement, je jetai un coup d’œil sur ma vieille montre cabossée. Neuf heures et demie. Relevant mon grand jupon de flanelle, j’enjambai les herbes folles, et pris la direction de ce qui allait être mon refuge le temps d’une nuit. Je songeai à tous les événements qui m’avaient attirée aux abords de Paris, dans la vaste campagne. Tandis que je mordillais l’intérieur de ma joue, j’arrivai enfin devant la vieille maison. « C’est une chance qu’elle soit là » pensais-je en toquant à l’immense porte en chêne aux ornements sculptés avec précision, et à la poignée presque totalement rouillée et abîmée par le temps. Je toquai une seconde fois avec plus d’insistance, espérant une réponse. Je savais bien que je n’aurais pas dû écouter le médecin. Ni même ma mère. « Emma, tu es juste différente, spéciale... Tu comprends, n’est-ce pas ? » . Non. Je ne comprends pas.


Je finis par perdre patience, et je poussai violemment la porte. A ma grande surprise, celle-ci s’ouvrit en un grincement sinistre, et je pus pénétrer à l’intérieur. C’était un grand hall, avec un sol et un escalier central en marbre. De grands tableaux décoraient somptueusement les murs, mais il était impossible de les détailler avec précision car la lumière du jour avait disparu, et je pouvais contempler les premières étoiles timides qui apparaissaient dans le ciel que laissait voir le magnifique dôme en verre au-dessus de moi. Le bâtiment semblait vide, et une épaisse couche de poussière recouvrait le sol. J’ouvris la première porte à ma droite, et entrai dans ce qui me parut être le salon. Un vieux canapé remplissait presque toute la pièce et, exténuée, je m’allongeai et m’endormis dans l’instant.


Ce fut une sorte de cri d’animal qui me réveilla au beau milieu de la nuit. Me levant avec appréhension, je regardai ma montre. Impossible de savoir s’il était une ou deux heures du matin tant l’obscurité était profonde. Traversant le hall une seconde fois, je sortis prendre l’air un instant. Je m’assis sur une marche du perron, scrutant les alentours. Puis, tandis que j’admirais la maison, je fus soudain frappée par sa façade. Là, sous mes yeux, je crus la voir mouvoir au souffle du vent. C’était comme si la maison était un immense rideau que le vent agitait lentement au gré de ses envies. Intriguée, j’approchai ma main avec crainte jusqu’à pouvoir toucher le mur. Se produisit alors un événement des plus singuliers. Elle traversa les pierres grises. Prise de panique, haletante, je la retirai vivement. Mais la curiosité me poussant, je posai la main sur l’édifice, et elle la traversa de nouveau. Je restais là plusieurs longues minutes, scrutant, fixant l’endroit où elle venait de disparaître. Ne pouvant m’en empêcher, je fermai les yeux et fis un pas dans le mur. Je les ouvris délicatement, et la vision qui s’offrit à moi me paralysa.


C’était une grande maison au bord d’un lac. Les carreaux étaient tous brisés, et la porte inexistante. Tremblant, j’avançai lentement. Mon premier pas dans la maison fut accompagné d’un effroyable grincement qui me pétrifia. Des morceaux de verre jonchaient le sol, et il manquait des pieds ou des tiroirs aux meubles. Les vases contenaient des fleurs fanées, et le tapis était troué. Mais ce n’était pas cela qui m’inquiétait, me tétanisait. C’était la tapisserie. De grandes fleurs, d’un vieux bleu. Une tapisserie étrangement familière. M’enfonçant dans la maison, je poussai la porte à ma gauche, et pénétrai dans la cuisine. Le réfrigérateur, vide et ouvert, était devenu un nid à blattes et à cafards. Une mystérieuse odeur flottait dans l’air, et elle me rappela celle de la dinde que cuisinait ma mère le dimanche. En m’approchant de la table, j’y vis une page de journal arrachée. La saisissant, je tentai de la lire quand soudain un affreux craquement retentit, me faisant sursauter d’effroi. Il provenait de l’étage. Paniquée, je montai les escaliers quatre à quatre. Reprenant mon souffle, je poussai un cri et tournai sur mes talons. Derrière moi se trouvait une petite fille brune, aux cheveux mouillés et à la robe en dentelle. Elle me fit un étrange sourire et disparut.


Mes membres tremblaient désormais, et je suffoquais, des larmes de panique mêlées à la peur roulaient sur mes joues. Mais qui était-elle ? Pendant les quelques secondes de son apparition, j’avais eu l’impression d’être face à moi lorsque je n’étais encore qu’une enfant. Hoquetant, je m’appuyai contre le mur en essayant de retrouver mon souffle, quand il me sembla entendre mon nom. Je calmais ma respiration pour mieux entendre lorqu'il retentit de nouveau. Puis peu à peu, la voix féminine qui le scandait s’intensifia, les « Emma » résonnaient entre les murs. Je criai, et courus vers la porte au fond du couloir, et l’ouvrant avec force, hurlai : « Stop ! Tais-Toi, Tais-Toi ! » Mais mon nom devenait comme un appel terrible et implorant. J’ouvris une seconde porte, et débarquai dans un salon. Haletante, j’allais hurler de nouveau quand les cris cessèrent. Je pleurais, et mon corps était agité de soubresauts incontrôlables. Une fois encore, la pièce me parut familière. Ce canapé vert olive, cette cheminée en marbre… J’aperçus un cadre tombé au sol. Le ramassant, ce que j’y vis me fit échapper un cri d’horreur, et plaquant ma main devant ma bouche, je le laissai tomber. Dans celui-ci, la photographie de mes parents et moi. J’avais reconnu au premier coup d’œil, ma mère et ses longs cheveux auburn, mon père et sa chemise du dimanche, et pour finir, moi et ma robe blanche à dentelle préférée. Mais nous n’étions pas seuls. Dessus, une autre fillette… Ma… Jumelle ? Je sortis à reculons de la pièce, comme pour fuir cette réalité. Tout à coup, elle apparut de nouveau, me faisant crier.


« Calme Toi, c’est Moi, Elisabeth. Je suis morte. Tu te souviens ? La barque, le lac ? L’eau froide… Mais … »


Soudain, à force d’avoir reculé, je trébuchai et tombai en roulant dans les escaliers. Je perdis connaissance sur le coup. Je fus réveillée par la lumière qui filtrait à travers les rideaux. Le canapé où je m’étais endormie ... Un rêve ? Je soupirai. Quand soudain, j’aperçus un bout de journal froissé dépassant de ma poche. Celui que j’avais récupéré. Et je lus ces quelques mots, en tremblant : « Aujourd’hui, nous avons enterré les deux petites jumelles, Emma et Elisabeth, mortes noyées hier dans le lac de leur maison. Elles avaient dix ans le jour du drame. Paix à Elles. »

Enfance

 


 

Eux

Une femme s'approche. Elle est grande, brune et porte de merveilleuses fossettes au menton. Elle élève ses doigts vers ses tempes, tire sur son visage et l'arrache. Elle devient alors rousse. Elle attrape mes mains et les approche de son visage, recommence. La voilà châtaigne, avec d'autres traits. Elle rit.
Et je m'éveille en sueur. Oh non ! Encore des masques ! Je ne comprends pas. Toutes les nuits ou presque, je rêve des personnes que j'ai vues dans la journée, et à chaque fois elles changent de visages. Un vrai cauchemar ! J'inspire et j'expire lentement. Mon réveil sonne. Déjà 7h00 ! Je me lève et vais me préparer.
La grande brune, c'était sûrement Béatrice, ma collègue. La rousse une très jolie caissière que j'avais rencontrée la veille. Et la dernière, une parfaite inconnue. Je soupire. Ces rêves me plongent dans une telle angoisse chaque fois !

Ma journée se passe sans encombre. Béa est ravissante dans son nouveau tailleur crème.

Sur une pelouse, des enfants rient et jouent au ballon. Un vieil homme traverse le parc à bicyclette. Il lève le bras comme pour me saluer, mais arrache son masque et mon neveu apparaît, jeune garçon aux nombreuses taches de rousseur.
Je me réveille à nouveau dans mon lit. Si ces rêves ne m'étonnent plus, ils m'effraient encore et toujours.

Je vais déjeuner chez ma mère. Elle me prépare un délicieux dessert que je déguste jusqu'à la dernière miette.

Elle se tient debout devant moi et chantonne mon prénom : Mon Henri, Henri, Henri. Je connais ses rides par cœur, chaque centimètre carré de son visage m'est familier. J'aime ses yeux bleus, ses mèches grises et cette expression de tendresse quand elle me regarde. Pourtant, malgré moi, j'approche mes mains de son visage. Il faut que je sache. Je retire le masque et elle devient un homme horriblement tatoué. Je me jette sur lui et lui enfonce mes doigts dans les yeux pour tenter de lui enlever ce masque-là et faire réapparaître ma mère. Il me repousse à terre : j'ouvre les paupières sur le plafond de ma chambre. Encore un mauvais rêve.

Une femme bronzée. Je la connais. C'est la première femme dont je suis tombé amoureux. J'avais neuf ans et c'était ma monitrice de voile. Nous nous sourions. Et encore une fois, elle laisse tomber son masque et se métamorphose en une parfaite inconnue.
Je me réveille en sursaut. Je crois que je tiens ce qui rend ces cauchemars si effrayants. Que des personnes familières se transforment en cette multitude d'étrangers...

Au bureau, Béa s'approche de moi évoquant des dossiers en retard. Elle fronce les sourcils. Je hausse les épaules et fais tomber son masque. Elle devient ma mère. Sa voix a changé, mais pas son expression. Je me souviens quand ma mère me grondait. Une grimace et je tire encore sur son visage. De nouveau une inconnue ! Je me lève et descends dans la rue.
Je croise par hasard mon neveu qui me propose une partie de ballon. Je refuse gentiment, alors il se transforme en une petite fille que je ne connais pas.
Je commence à avoir peur. Mes rêves ne ressemblent pas à cela comme d'habitude. Une femme, me hèle, me rattrape en courant et me tend mon pardessus en ajoutant :
"Tu as oublié ça au bureau !
- Comment ? Mais qui êtes vous ?
- Moi ? Mais je suis Béatrice Laviront ! Tu plaisantes n'es t- ce pas ?Tu sais bien que nous travaillons ensemble, Henri."
J'ai peur. Cette femme n'est pas Béa. Je marche dans la rue, et je me sens mal. Le boulanger me salue, comme tous les jours, sauf que ce n'est plus le même homme. Je panique. La femme qui se dit être Béa s'approche à nouveau, accompagnée d’ une autre dame plus âgée. Je tente de les ignorer.
"Voyons Henri ! Cesse de faire l'enfant !" Elles m'entraînent chez moi.
"Tu dois être malade, affirme la plus âgée. Ne t'inquiète pas, je vais te faire un bon bouillon, comme quand tu étais petit."
Dans le hall d'entrée, je les arrête. Je m'approche du grand miroir, et croise les yeux de mon reflet terrifié. Je porte lentement les doigts à mes tempes, et arrache mon masque. Et j'observe, frissonnant, mon nouveau visage, qui m'est absolument et irrémédiablement inconnu.

Eux


 

Führer


C'est au cours du mois de juin 1997 que se déroule cette histoire, elle a lieu dans un village qui depuis les événements est hanté, c'est du moins ce que prétendent certain fous du village voisin.
Eva a treize ans, jolie fille aux yeux verts et aux cheveux châtains foncés. Elle vient de finir son année de quatrième et, vous savez à quel point nous sommes idiots et naïfs à cet âge-là...


En ce début de vacances, Eva a invité quatre de ses meilleures amies à venir dormir chez ses grands-parents à Rouffiac-Tolosan, charmant village dont la moyenne d'âge est de soixante six ans, et , étrange coïncidence, le village est composé de six cent soixante six habitants à l'année.
Les filles sont enfin arrivées chez Mamicha et Pacha (les grands-parents maternels d’Eva) ; ravis de les avoir chez eux, leur ont fait un chaleureux accueil mais malgré cela, la maison avait un air étrange, comme si elle était devenue sinistre... Illusion indescriptible.


Les filles s'amusèrent toute la journée au soleil, elles allèrent à la piscine, elles montèrent dans les arbres, jouèrent avec le chien Billy et finirent par regarder la télévision, et plus précisément le « Big Dill ». Pacha et Mamicha, ayant des mondanités ce soir-là, durent laisser les cinq amies toutes heureuses de leur journée. (Quels inconscients !)
Table à trois pieds, cinq bougies, un scrabble, un verre d'eau et un calme exceptionnel...
Elles avaient tout pour mettre à disposition une invocation d'esprit, c'est l'idée qu'eut Eva. Une fois le dispositif mit en place, elles s'assirent toutes les cinq autour de la table, posèrent les lettres OUI et NON à l'opposé de la table, et le verre au milieu. Enfin, elles commencèrent à appeler '' l'au-delà '':
«-Esprit es-tu là ? », murmura Eva.
Rien ne se passa, les autres filles se mirent à rire bêtement.
« -Esprit es-tu là? », recommença Eva, cette fois en haussant la voix.
Le chien Billy se mit à aboyer frénétiquement, exactement comme s'il voyait au loin à trois cent mètres une chienne en chaleurs, inaccessible à cause du grillage qui l'emprisonne.


Cette fois-ci toutes les filles crièrent ensemble : « Esprit es-tu là? ».
Elles entendirent un gros ''boum'', mais étrange, elles ne sentirent aucun tremblement. Elles entendirent à nouveau un écho qui se propageait à l'infini. Les cinq filles toutes excitées et fières d'elles, commencèrent à poser des tas de questions stupides et inutiles, mais à chaque question, le verre se dirigeait vers Eva:
« - Qui est la plus belle? »
« - Qui est-ce-que tu préfères? »
Et d'autre questions diverses et variées...
Elles continuèrent à s'amuser avec l'esprit jusqu'à minuit et elles partirent se coucher.


Eva en allant se brosser les dents, vit un message sur la glace, avant de bien distinguer ce qu'il y avait écrit, elle commença à sentir un furtif courant d'air chaud, puis une soudaine angoisse s'empara d'elle, le message disait: «- Ravi de vous avoir rencontrée gente demoiselle »
Le message lu, un sourire apparu sur son visage, à croire que cela ne lui faisait finalement pas la moindre peur, au contraire. Toute la nuit elle sentit une présence rassurante dans son lit, une sorte de chaleur humaine...
Le lendemain matin, en ouvrant les volets elle regarda le ciel pendant une heure, à croire qu’elle devenait folle à cause de cet esprit, puis un fleuriste arriva pour déposer des fleurs, il y était posé un petit mot : « De la part de Dolfi, votre admirateur ». Elle n'arrêtait plus de penser à lui à présent, il hantait ses pensées. Elle laissa tomber ses amies et ses grands-parents prétextant qu'elle était malade. Les deux tourtereaux s'écrivaient des mots à travers un cahier, se racontant leur vie (mensonge ou vérité de la part de Dolfi, là est la question pour Eva). Pendant deux jours ils n'arrêtaient pas de se parler, Eva était devenue complètement amoureuse de son esprit, Dolfi...


Un matin, il lui proposa d'aller le rejoindre à travers une porte, il lui garantit qu'elle pourrait revenir. La porte apparut sous ses yeux, belle, illuminée et attirante...Curiosité et passion l'envahirent d'un coup et sans se poser de question elle y rentra. Lorsqu'elle en ressortit, elle était morte, asphyxiée....Et dire qu'elle croyait rencontrer son prince charmant, à treize ans!
Ses grands-parents la découvrirent au milieu de sa chambre, étendue avec un mot sur son ventre écrit avec du sang: « Je reviens. ».
Deux jours après, les grands-parents ainsi que les quatre amies moururent, en ayant voulu entrer par cette porte, asphyxiés eux aussi par un gaz, dans leur chambre.


Petite précision: les pe
rsonnages de cette histoire avaient tous un point commun, ils étaient juifs...

Führer

 


 

La Lettre


La famille Thomson habite à l’année dans un camping de la banlieue de Seattle. Eve Thomson, mère au foyer, s’occupe seule de ses deux enfants, Tom et Laura, en l’absence de son mari au travail. Les moyens de la famille Thomson sont très insuffisants pour satisfaire aux besoins de ses quatre membres. Ceci est la principale préoccupation de Madame Thomson qui se prive au maximum de tout superflu pour rendre la plus agréable possible la vie de ses enfants de cinq et sept ans. Elle ne travaille pas, gère sa maison, accompagne ses enfants à l’école chaque matin et revient les chercher le soir.
Un matin, alors qu’elle venait d’accompagner Tom et Laura, elle regarda dans la boite aux lettres, comme chaque jour, pour y relever le peu de courrier qu’elle recevait. Eve rentra chez elle, pour s’asseoir tranquillement sur la chaise de son salon qui servait en même temps de salle à manger. Elle en arriva à la dernière lettre, qui n’indiquait aucun objet, aucun expéditeur. Elle n’était même pas sûre que cette lettre lui soit destinée. Elle l’ouvrit tout de même et constata qu’elle ne contenait qu’une feuille blanche à l’intérieur. La trouvant inintéressante, elle la jeta.
Le lendemain, en ouvrant machinalement sa boite aux lettres, elle trouva à nouveau une lettre similaire qu’elle jeta également, ne comprenant toujours pas à quoi elle servait, ni ce qu’elle cachait.
Un jour, elle décida de surprendre et d’identifier la personne qui la lui glissait quotidiennement dans sa boite. Elle se mit à sa fenêtre rapidement en revenant de l’école. Soudain elle aperçut un homme, bondit à l’extérieur et l’interpella :
« Qui êtes vous ? Que faites vous près de chez moi ? Et qu’est ce que cette lettre que vous me glissez chaque jour dans ma boite aux lettres ? - Vous avez dû mal regarder. », s’enquit-il de répondre. A ses mots il pressa le pas, laissant tomber derrière lui une lettre semblable aux précédentes. Lorsqu’elle l’ouvrit elle remarqua que la feuille brillait à certains endroits et réussit à décrypter : « Cette lettre peut te donner tout ce que tu désires, il te suffit juste de le lui demander. » Elle s’exclama alors :
« J’aimerais trouver une somme d’argent suffisante pour payer mes factures. » Rien ne se passa, elle rangea la lettre dans son placard de cuisine.
Le lendemain, en relevant son courrier, elle souleva une enveloppe assez lourde, l’ouvrit et découvrit une liasse de billets. Elle rentra chez elle pour compter le tout puis sortit la lettre du placard. Elle souhaita ensuite une robe qu’elle reçut le lendemain, puis quantité d’autres objets, jusque-là inabordables. Son mari ne remarqua point les changements qu’elle avait apportés à leur petit abri, ni même la coquetterie d’Eve. Mais elle n’y prêta pas attention car elle avait l’habitude d’être invisible à ses yeux. Elle savait que son apparence lui importait peu. En attendant, c’était une femme heureuse de tout ce qu’elle obtenait, même si elle ne comprenait toujours pas l’origine de tous ces changements.
Un jour, elle se réveilla près de son mari, qui partait tôt, et qu’elle ne voyait, d’habitude, jamais le matin. Il lui demanda pourquoi leurs économies augmentaient de jour en jour. Elle lui répondit qu’elle avait reçu une lettre qui comblait toutes ses demandes. Son mari, perturbé et surpris, voulut la voir. Elle refusa. Il décida donc de retourner travailler, ne croyant point à son histoire.
Quand il fut parti, Eve Thomson alla chercher sa lettre et souhaita que son mari soit plus présent, qu’il passe plus de temps avec elle.
Le lendemain, en revenant de l’école, elle découvrit, stupéfaite, son mari, à côté de la boite aux lettres, allongé par terre. Elle se précipita vers lui et constata avec effroi qu’il était mort. Sur son corps était posée une autre lettre qu’elle ouvrit, alors qu’elle sanglotait encore, et qu’elle déchiffra, tétanisée :
« Le seul moyen d’être toujours près de lui, vous le connaissez. » Elle découvrit à l’intérieur de l’enveloppe, un autre message, caché par la feuille blanche : « Ici on prend tout au pied de la lettre. »

La lettre


 

LA RUE DU VERT GALANT

Je m’appelle Anne. J’ai maintenant 63 ans, et je vais vous conter l’histoire que j’ai vécue il y a 25 ans de cela.
Nous sommes un 20 novembre 1990 à Sarlat, en Dordogne. Je suis vêtue d’une robe blanche et porte une paire de boucles d’oreilles appartenant à mon arrière grand-mère. Je respire un grand coup et voilà qu’un homme me dit : « Mlle Anne Véronique Marie GRULOT, acceptez-vous de prendre pour époux Mr Arthur Pierre André BARI ici présent ? »
D’une voix solennelle et épanouie, je réponds alors un grand : « OUI, je le veux !»
Nous sommes le 20 novembre 1990 et je viens de me marier.


Projetons-nous maintenant une semaine après mon mariage. Lors d’une conversation avec mon mari Arthur, nous décidons d’acheter une maison disposant d’un beau paysage. Nous écumons alors, heures après heures, tous les journaux, ainsi que les vitrines des agences immobilières, afin de trouver notre bonheur.


Un jour, alors que mon mari travaillait, je décidai de sortir me promener et d’aller au marché afin d’acheter les carottes et patates qui manquaient à mon pot-au-feu. Cela faisait une heure que j’étais en ville lorsque je m’arrêtai brusquement devant une vitrine que je n’oublierais jamais (vous comprendrez plus tard pourquoi), rue du Vert Galant. Cette vitrine était ridiculement poussiéreuse, l’agence immobilière minuscule… Mais une photo se détachait en plein centre. Elle représentait une maison vue en façade. Il y avait aussi une fiche de renseignements qui indiquait :
« Superficie : 450m², année de construction : 1947, prix : 220000 Francs, nombre de pièces à vivre : 10 »
La superficie était plus importante que celle que l’on souhaitait, le prix représentait moins que notre budget. Après un examen complet de la fiche, je rentrai chez moi. Mon mari, Arthur était déjà assis sur le canapé et regardait le journal télévise de midi. Je m’assis à ses côtés, lui demandai comment sa journée s’était passée et lui annonçai alors : « Je suis allée aujourd’hui me promener en ville et je suis tombée en arrêt devant une agence immobilière rue du Vert Galant. Je crois avoir vu une maison qui nous conviendrait. Je pense qu’il faudrait qu’on aille rencontrer l’agent immobilier. »


Mon mari me regarda et esquissa un sourire. Au bout de quelques temps il me dit alors : « Tu ne peux pas imaginer à quel point cette nouvelle me fait du bien. Je te propose d’y aller demain, vers onze heures. »
Le lendemain, nous nous sommes donc rendus dans cette agence. Mon mari passa la porte, parla durant de longues minutes, du prix, du paysage, du confort… Et après avoir vu quelques photos, Arthur se tourna vers moi. Alors je fixai l’agent immobilier et affirmai : « On l’achète ! »
Mais après réflexion, cette rapidité de décision me parut très étrange… Ce ne fut que le soir même qu’Arthur m’annonça que les propriétaires étaient morts et que la maison ne pourrait être visitée.


Avançons maintenant dans le temps…
Cela fait quelques mois que nous habitons cette maison. Les premier et deuxième mois se déroulèrent sans encombre. Mais ce fut au bout du troisième que la situation devint étrange… Ce que je veux dire, c’est que mon époux avait changé. Tout d’abord, il commença par être plus que dépensier, joua au poker, s’acheta des objets inutiles… Ensuite il m’amena au cinéma, au musée… Des sorties que nous ne faisions jamais étaient devenues pour lui une nécessité. Au bout de quelques temps, je lui demandai de m’expliquer ce brusque changement, mais ce qu’il me répondit me fit - et me fait encore - froid dans le dos! : « C’est pour elle que je le fais car elle me l’a demandé. »
A ces mots j’eus la réaction que toute femme aurait eue… Je fis ma valise et m’en allai.
Deux semaines plus tard, j’appris la mort de mon mari, d’un arrêt cardiaque alors qu’il était en train d’écrire. La tristesse m’envahit. Des jours passèrent durant lesquels je vidai notre maison … Alors que je rangeais, je trouvai une feuille qui contenait, je pense, ses dernières volontés et qui disait :
« Anne je suis désolé d’être l’homme que je suis devenu, insensé. Mais avant de partir tu dois savoir pourquoi. D’après mes recherches, cette maison serait vivante ! Je sais que cela te surprendra, mais il faut que tu me croies. Cette maison est vivante, elle se nourrit de l’âme de ses habitants, vit à travers nous, ce qui explique mon attitude. Et c’est pour cela que tous les anciens propriétaires sont morts, la maison les a tués… ! »


La lettre s’arrêtait là car je constatai que mon mari n’avait pas eu le temps de finir. Je n’en crus pas un mot, brûlai la lettre et mis en vente la maison.
Les années passèrent, les propriétaires se succédèrent, les décès ne faisaient qu’augmenter, et moi seule savais pourquoi et comment !... Ce n’est qu’en vous racontant cette histoire, que je comprends vraiment que ce que mon mari m’avait dit était vrai. Mai je ne pouvais et ne peux toujours rien : personne ne me croirait…
Alors que je regardais la télé, mon journal dans une main et une tisane dans l’autre, je vis sur la dernière page se détacher la photo d’une maison à vendre et une fiche de renseignements qui mentionnait:
« Superficie : 550m², année de construction : 1947, Prix : 220000 Francs, nombres de pièces a vivres : 20. »


Je réalisai alors que la superficie avait augmenté et le nombre de pièces également. Je compris alors que cette « chose » prenait de plus en plus d’importance, grandissait au fur et à mesure qu’elle ôtait des vies ! Comment pourrons-nous arrêter cela ?

 

La rue de Vert Galant


Qui suis-je ?

Hadrien, vingt-cinq ans, assistant funéraire, marié, père de deux enfants handicapés. J’ai toujours été souriant, mais je me suis toujours renfermé sur moi-même. Voilà pour moi.
Manon, vingt-deux ans, elle était étudiante en commerce. Mariée, mère de deux enfants. Je ne sais pas ce qu’elle m’a trouvé. Manon est joyeuse, vive, jolie. Voilà pour elle.
Matthieu, sept ans, mais il en fait deux. Matthieu était né normalement. Mais il n’a jamais grandi, ni son corps, ni son cerveau. Personne ne saurait vous parler de sa personnalité. Voilà pour le premier.
William, plus jeune, trois ans. On a su il y a très peu qu’il était comme son frère. Sa personnalité aussi est inconnue ou inexistante. Voilà pour le second. Mais deux comme eux, ça en vaut dix valides.

On vivait tous quatre dans une ville. Dans une maison au centre. Rien d’extraordinaire.
J’étais donc assistant funéraire, c’est-à-dire que, dans une agence de pompes funèbres, c’est sur mon épaule que les gens pleurent. La mort, les personnes sans vie, sans âme m’étaient familiers.

Ça devait être un mardi, fermeture, une journée remplie et tous mes problèmes personnels continuent de ronger mes organes. Après ce genre de journée, j’aimais bien m’arrêter au bord d’un lac avant de rentrer. On pouvait s’y baigner ; d’ailleurs, pendant les vacances, certaines familles s’y baignaient. Allez faire ça avec un enfant qui ne peut ni nager, ni apprendre, ni crier s’il se noie. Enfin, pour l’instant, je me contente de m’accroupir sur le bord, à barboter avec le bout des doigts dans l’eau.
Je me penchais alors au-dessus de l’eau pour voir quelle tête j’avais offert aux familles. À ma grande et terrifiante surprise, il n’y avait personne. Pas de reflet. J’en fis un bond. Affolé, où est mon ombre ? En reculant, rien n’apparut. Je n’avais plus de reflet, plus d’ombre. Mais alors, est-ce que j’existais encore, y avait-il encore un moi ? Où étais-je ?
À toute vitesse, je rentrai. Me précipitai vers la première personne : « Matthieu, c’est papa, tu me vois ? ». Qu’il est bête ce gosse, il ne sert à rien, même pas capable de lever la tête. Manon ! « Bonjour, mon croque-mort… ». « On dit assistant funéraire ! ». Attends, elle m’a parlé, donc elle m’a vu, donc je ne suis pas mort, je suis en vie. Ça fait du bien.
Si moi je suis là, où est le visage qui est normalement dans le miroir de l’entrée ?
Ne pas avoir de reflet, ni d’ombre est très embêtant. Allez expliquer à votre femme pourquoi vous évitez le jour. Allez expliquer aux familles pourquoi vous avez sauté au sol en voyant le miroir qui est resté accroché à l’accueil.
En rentrant de l’agence, Matthieu était plié. Il ne pouvait plus se redresser. Il fallut l’opérer. L’opération qui devait lui faire voir le ciel a réussi, il est mort. Merci docteur, merci de nous en avoir débarrassés. Manon n’a jamais aimé mes blagues sur les enfants, même si je les aime, moi.
Je crois qu’elle n’a surtout pas aimé que je remercie le médecin de nous en avoir débarrassés. Puisqu’elle aussi s’est débarrassée de moi.
Malgré toutes les choses horribles que je pouvais dire, Matthieu était parti trop tôt. Il devait le savoir et, cette nuit-là, j’eus une grande discussion avec mon fils. Il me fit de grandes révélations : son handicap n’était qu’un masque derrière lequel il s’était caché pour ne pas affronter la vie terrifiante. J’eus aussi droit à une morale : la vie n’est pas si terrifiante que ça et j’ai donc intérêt à me remuer pour rattraper le temps que j’ai perdu.
Le lendemain, je ne travaillais que le matin, mais j’ai toujours rêvé de sécher : je n’irai pas ! Marc, Luc, Paul, qu’ont-ils fait après le lycée ? On a toujours dit qu’on remplirait la fontaine de la mairie de savon ! Cet autre pari : cents astuces pour énerver un vendeur : compteur lancé. Des jeux d’adolescents, oui, la plus grande période de ma vie que j’ai ratée.
En fermant la boutique, je m’arrêtai devant ma vitrine, eh, mais c’est moi ce mec ! Quel beau garçon. C’était moi, mon reflet, et mon ombre.

Je rentrai en vitesse, j’allais tout raconter à William, on en aurait pour deuxjours. Mais on en a eu pour cinq heures aux urgences, car William dût être opéré d’urgence, et je suis rentré seul.
William avait dû voir que j’avais pris un nouveau départ, et voulait me laisser tout recommencer. Sale môme ! D’abord Matt, puis toi… Vous m’aurez embêté toute votre vie ! Et maintenant que je veux partager quelque chose avec vous, vous me lâchez. Vous ne m’aurez pas, je ne résisterai pas face à ce camion ; j’ai hâte de vous embrasser.

Qui suis-je


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Le comité de dépouillement des votes vous saurait gré de bien vouloir mentionner explicitement et avec exactitude le titre de la nouvelle que vous aurez choisie.

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