Prix du Jury
Littéraire :
L’œil
Ce jour-là, j’errais entre les rayonnages d’une
librairie, sans savoir exactement ce que je cherchais, mais désirant
trouver la perle rare. Mon regard s’arrêta sur un ouvrage
qui ne semblait pas avoir sa place parmi tous les livres flambant
neufs de la boutique. Il se trouvait sur une étagère
au ras du sol, si bien que je dus me baisser pour l’atteindre.
Bizarrement, j’eus un mal fou à l’extirper de son
emplacement auquel il semblait tant tenir. Il ne portait aucun titre,
aucune illustration. Je l’ouvris au hasard et s’échappa
alors des pages cette odeur si particulière des livres anciens.
Les pages étaient étonnamment vierges. Je cherchais
à savoir quel était ce livre lorsqu’un objet très
léger tomba à mes pieds. Comment ne l’avais-je
pas remarqué avant ?
C’était une photo, en noir et blanc, jaunie par le temps.
Je fus légèrement déçu quand je m’aperçus
qu’il ne s’agissait là que de la photo d’une
maison. Je la glissai dans ma poche et une étrange impression
me poussa à sortir de la librairie. Je me sentais… observé.
Une fois rentré chez moi, je découvris que cette maison
ne m’était pas inconnue : c’était celle
où j’avais passé la majeure partie de mon enfance
! Je l’observais plus attentivement et finis par entrapercevoir
une forme sombre derrière une fenêtre. Je pris une loupe
dotée d’un verre très grossissant. Quelle ne fut
pas ma surprise ! Cette silhouette-là, je ne la connaissais
que trop bien. C’était mon père, cet homme qui
nous avait abandonnés, ma mère et moi, depuis huit ans
déjà, pour emménager avec une de ses maîtresses.
En observant mieux son visage, je lui trouvai un air inhabituel, comme
effrayé.
Après mûre réflexion, une chose me parut invraisemblable
: cette photo semblait récente mais cependant marquée
par le temps. À partir de cette découverte, je devins
de plus en plus obsédé par elle. Je passais des heures
entières à l’observer, lorsqu’un jour je
crus voir mon père bouger la tête. Impossible! me dis-je.
Tout cela n’est que folie ! Je me décidai alors à
brûler la photo, mais au dernier moment ne pus m’y résoudre.
Une semaine plus tard, je la contemplai de nouveau. J’ouvris
alors des yeux ébahis : cette fois il était clair qu’il
bougeait, et avait toujours cet air horrifié, la bouche grande
ouverte, comme s’il hurlait. Je sentis des gouttes de sueur
perler sur mon front. N’y tenant plus, je voulus me rendre sur
les lieux où la photo avait été prise, c'est-à-dire
retrouver la maison elle-même.
J’eus un peu de mal à la retrouver, dans ce petit village
perdu dans la forêt ariégeoise. Une fois arrivé
devant le lourd portail rouillé, je me sentis défaillir
: mon père ne pouvait pas se trouver là, car le chemin
qui menait jusqu’à la maison n’était plus
entretenu, envahi par les ronces et les mauvaises herbes. Malgré
tout, le désir de pénétrer dans la maison s’empara
de moi.
Je réussis tant bien que mal, après m’être
échiné à escalader le portail et m’être
démené longtemps avec les broussailles, à parvenir
devant la porte d’entrée. J’eus le soulagement
de découvrir qu’elle n’était pas fermée.
La joie m’envahit un instant et s’évapora aussitôt
: la maison était délabrée et sens dessus dessous,
mon père n’aurait jamais pu y résider ! Je me
précipitai au deuxième étage pour me rendre à
la fameuse fenêtre, montant les marches en hurlant à
mon père que malgré les années qui s’étaient
écoulées, nous pouvions toujours nous pardonner et repartir
sur de nouvelles bases. Lorsque j’arrivai devant la fenêtre,
mon sang se glaça d’effroi. Un œil gigantesque m’observait
à travers la vitre brisée. Je cherchai à rebrousser
chemin mais une force invisible me maintenait à ma place. Je
n’arrêtai pas de hurler en m’arrachant les cheveux…
Mr Dubois retira son œil fatigué de la loupe : cette fois
il était sûr d’avoir reconnu son fils sur cette
vieille photo qu’il avait fait développer le jour où
il avait quitté sa famille pour vivre avec Louise. Pire, il
avait presque la certitude de voir son fils bouger…
L'oeil
Prix du Jury Caousou :
Des choix
irréversibles
Mercredi 31 octobre
Lou, voici mon dernier
courrier. Nous l’attendions tous les deux et lorsque tu le recevras
je ne serai probablement plus qu’à quelques heures de
ma terre natale. Là où nous nous sommes rencontrés,
il y a désormais huit ans. Là où à l’époque,
devenir militaire n’était qu’un rêve et que
je t’ai vue à la sortie du lycée avec ce petit
bonnet, ces yeux pétillants et ce magnifique sourire. C’est
là, contre toute attente que je t’ai aimée. Pendant
un moment, on s’est cherchés, on hésitait à
se parler… Et finalement on s’est rapprochés et
peu à peu nous sommes devenus plus que de simples amis. Je
pouvais enfin te tenir la main, te regarder dans les yeux et te dire
ces deux mots que j’avais prononcés plusieurs fois dans
le passé mais qui, cette fois-ci dans ma bouche, sonnaient
vrais.
Puis j’ai décidé de réaliser mon rêve.
Être militaire me permettait de mettre à profit tout
ce que j’avais appris à acquérir jusque-là
: l’audace, le courage, la volonté. Tu m’en as
voulu, tu avais peur pour moi et pourtant tu m’as laissé
partir. Regarde, aujourd’hui j’ai accompli ce que je désirais
accomplir. Je suis allé défendre des milliers de gens
dans des pays en guerre. Désormais je vais rentrer et je ne
repartirai plus. Tu ne frissonneras plus à l’idée
de me perdre. Je crois qu’il est temps qu’on vive, qu’on
bâtisse un avenir tous les deux. Je suis prêt Lou.
Ah ! L’officier général m’appelle. Il a
besoin de moi pour ranger tout le matériel dans les caisses
que nous allons transporter jusqu’à l’avion, l’avion
du retour.
Je regarde par la fenêtre de la caserne. On y voit le résultat
d’une guerre encore un peu plus meurtrière. Est-ce qu’un
jour tout cela cessera ? Je vois certains de mes camarades, monter
dans des ambulances. Partent-ils pour toujours ? Les tensions semblent
cependant s’être apaisées, et c’est pour
cela que nous rentrons. En tout cas, les quelques mois que j’ai
dû vivre ici ont été particulièrement difficiles.
Jamais je n’aurai cru pouvoir ressentir un manque aussi poignant.
Tu m’as changé Lou, mon amour pour toi m’a changé.
Alors les derniers temps, revenant d’une journée interminable,
où encore un peu plus de sang avait coulé, je pensais
à nos projets.
Je prépare mon retour, ça y est. Ce chemin je le vois,
le vois-tu aussi ? Ce chemin que j’ai fait en sens inverse il
y a quelque temps, en te tournant le dos pour aller là où
le régiment m’emmenait, je vais enfin pouvoir le faire
face à toi !
Si tu savais à quel point il me tarde l’instant où
tu liras cela, où tu ne seras alors plus qu’à
quelques mètres de moi, où tu seras heureuse. Et tu
en pleureras même. Je te connais, tu es sensible. En attendant
je t’embrasse Lou. Je t’aime.
*
Mathias avait raison sur certains points. Effectivement quand Lou
reçut la lettre, qu’elle l’ouvrit et la lut enfin,
il se trouvait à quelques mètres d’elle, et comme
il l’avait si bien deviné, elle pleurait. Elle était
là, debout, dans son manteau de laine blanche. Elle était
très belle malgré les rougeurs que lui infligeait le
froid. À quelques détails près Mathias aurait
eu raison sur toute la ligne, si cette femme ne tenait pas dans son
autre main une seconde lettre. Cet homme dont elle avait été
éperdument amoureuse durant ces huit dernières années
était bel et bien près d’elle. Mais si elle pleurait,
ce n’était pas des larmes de joie qui venaient se déposer
sur la rose à ses pieds mais des larmes de désespoir.
Alors oui, certaines personnes parviennent à trouver leur chemin
dans ce monde mais d’autres, comme Mathias, se perdent et ne
le retrouvent pas. Deux obus l’avaient arrêté sur
sa route.
Des choix irréversibles
Prix du Jury des Internautes
:
Double je
Elle s’appelle
Maria Lamotte. Elle a dix-huit ans. Sa mère est morte quand
elle n’en avait que la moitié. Son père a poursuivi
sa vie de plombier. Aujourd’hui, Maria étudie en CAP
coiffure dans une école, au Nord de Paris.
J’ai rencontré John un
samedi matin de printemps. Je m’en rappelle précisément
en cet instant. Un ciel azur surplombait la ville et une odeur inoubliable
de croissants chauds me chatouillait le nez, devant la boulangerie
du quartier.
Je venais de faire tomber mes clefs lorsqu’un beau jeune homme
me les ramassa en m’offrant un sourire ravageur. Vêtu
d’un jean et d’un tee-shirt imprimé des quatre
têtes des Beatles, je vis immédiatement qu’il n’était
pas commun. Il m’a rendu mes clefs en me lançant un «
salut » auquel je n’ai su répondre que par le rouge
vif de mes joues.
Un mois plus tard, nous constituions un couple en parfaite harmonie.
Le stade de la timidité étant dépassé,
nous apprenions à nous connaître. John me surprenait
et j’aimais cela. Cette impression de ne rien savoir et de tout
découvrir auprès de lui m’enthousiasmait.
Deux mois plus tard, je dépendais de lui. Son parfum d’homme
viril, tout ce qu’il m’offrait, ses produits … je
ne pouvais plus m’en passer. Je vivais dans un autre monde,
une nouvelle dimension pour moi. Heureux, nous devenions riches grâce
à John, même si au fond, la peur de l’illégalité
me rongeait. Pour moi, la vie demeurait simple. La nécessité
de me lever le matin pour suivre mes cours était abolie et
la présence de mon père dépressif ne m’était
plus infligée. Je ne vivais que de lui et de ça.
Nous avions échappé plusieurs fois aux mains de la Police,
mais cela m’excitait. Je rêvais de vivre dangereusement,
sachant que d’un jour à l’autre, tout pourrait
basculer.
Trois mois plus tard, nous nous rendions chez Francis, un ami de John.
Celui-ci nous avait réservé quelques grammes de bonheur
pur, ce qui nous faisait oublier nos doutes, nos peurs, nos vies,
la route, le feu rouge.
Je n’avais jamais ressenti cela auparavant. J’ai tout
d’un coup ouvert les yeux. Je me suis rendue compte de la situation.
Comment avais-je pu faire cela ? Etait-ce bien moi ? N’était-ce
qu’un rêve ?
J’ai le désir de vaincre. Vaincre la vie, vaincre le
monde. Je me sens remplie de pouvoirs. Ma mère me sourit en
ramassant mon croissant, tombé par terre. Elle me parle. Elle
me voit. Elle est toujours là. Je suis si proche d’elle
à cet instant.
Je me relève, me rappelle que j’ai cours à dix
heures. Je cours et je suis presque à l’heure. Il est
dix heures deux à l’horloge de l’église,
sur le trottoir d’en face. J’entends du bruit, des voitures,
des sirènes d’alarme.
Nous sommes quatre mois plus tard. Je suis coiffeuse dans une agence
de mannequins, celle dans laquelle ma mère travaillait. Je
suis comblée par mon poste.
Nous sommes cinq mois plus tard. J’ai rencontré Pierre.
C’est l’homme de ma vie. Je ne le quitte plus. Je suis
comblée par mon couple.
Nous sommes six mois plus tard. Je suis une femme sublime, dans ma
robe blanche de mariée, rehaussée de dentelles, couronnée
d’un chignon. Je suis comblée, en ce si beau jour, devant
les yeux fiers de mon père.
Nous sommes deux ans plus tard. Le premier Août, il est dix
heures deux. Je crie si fort. Mon bébé est enfin là.
Je souffre, tout se mélange. Je suis comblée par Garance,
ma première fille.
Nous revenons exactement deux ans plus tôt. Je suis par terre,
je ne vois plus rien. J’entends du bruit, des voitures, des
sirènes d’alarme. Je crie si fort, je souffre, et j’aperçois
John couvert de sang, dix mètres plus loin.
Je m’appelle Maria Lamotte. J’ai dix-huit ans. J’ai
perdu ma mère lorsque je n’en avais que la moitié.
Mon père est toujours plombier et dépressif. Je suis
toujours inscrite au CAP coiffure d’une école au Nord
de Paris.
Il est dix heures deux et je ne suis plus.
Double je
Terminus ?
Alexandre exerçait un
noble métier pas banal, et même plutôt exceptionnel.
Il montrait le chemin aux gens. Il les guidait, leur ouvrait la voie,
bref, il les aidait à trouver le bon chemin.
Mais attention ! Tout cela était très complexe ! Il
avait suivi des études pendant une dizaine d’années
ou peut-être plus ! Ses principales matières étaient
la philosophie, la psychologie, et aussi une matière très
difficile et peu répandue de nos jours, l’art de parler
aux gens avec gentillesse, compréhension et patience. La voix
d’Alexandre était très apaisante, il en était
d’ailleurs très fier.
De plus, Alexandre détenait son brevet d’aviateur. Cela
était indispensable pour son métier. Il avait un don.
Un talent incontestable pour la voltige. Il était de loin le
meilleur de tous. C’est qu’il en avait parcouru du chemin
dans les airs ; déjà, tout petit, son père le
faisait voler. Son père fut, lui aussi, un guide remarquable,
très fort en voltige et presque autant en psychologie. Leur
famille exerçait ce métier depuis des générations
et des générations.
Les patients d’Alexandre étaient vraiment tous différents
et leurs origines très diversifiées. Il pouvait aider
des personnes du monde entier et avait visité presque toutes
les villes de la Terre. Les personnes étaient généralement
et heureusement âgées. Tant mieux pour lui : Alexandre
n’aimait pas tellement avoir des jeunes, cela le mettait mal
à l’aise. Ses entretiens avec ses patients restaient
en général courts. Pas plus d’une heure. Ce qu’il
y avait d’intéressant dans sa profession, c’est
qu’il ne voyait jamais deux fois la même personne. Un
collègue à lui prétend qu’il l’a
déjà fait. Mais cela reste exceptionnel et très
rare. Il pouvait toutefois traiter des membres de la même famille.
Ce qui est tout à fait normal dans le métier.
Entre les différentes « missions » comme ils disent
dans le jargon, il avait le temps de retrouver ses collègues
à la cafétéria et de prendre un petit café
tout en discutant des blagues des uns, des péripéties
des autres, et des histoires de tous. L’un venait d’essuyer
une violente tempête, l’autre avait eu une patiente vraiment
très belle, l’un, un dossier délicat à
traiter, l’autre arrivait d’une ville gigantesque et s’était
perdu, …
Alexandre venait de recevoir par lettre sa prochaine mission : «
Bernard, 58 ans, accident de voiture, autoroute A62, France. »,
suivie d’un dossier détaillé sur sa vie.
Il était temps
pour Alexandre de déployer ses majestueuses ailes brillant
de mille feux et de descendre des cieux pour guider ce pauvre homme
vers le paradis.
Terminus ?
Le chemin
des Enfers
17/12/2010
« Le chemin de la réussite », un son si doux à
mes oreilles, et une pensée tellement agréable pour
mon esprit dépravé.
Mais cela, c’était avant ; maintenant, je n’ai
plus que le goût amer de l’échec. J’étais
riche, je suis pauvre. J’étais célèbre
et respecté, je vis désormais sous une tente. J’étais
envié, j’avais beaucoup d’amis, je suis oublié,
on me fuit. Je ne suis plus rien ; un pauvre hère demandant
l’aumône.
« Le grand politicien, futur sauveur du monde », quelle
ironie ! J’ai tout perdu ; c’est allé si vite,
le temps d’un claquement de doigts et je me retrouve sous une
tente.
Mais j’ai encore ma fierté, je ne veux pas que l’on
ait pitié de moi, il ne FAUT pas que l’on ait pitié
de moi.
Le matin, je me lève, c’est un combat de tous les jours.
Je vis à Paris, dans le Bois de Boulogne. Ah, Paris ! Échec
ou réussite, il n’existe pas de vie banale à Paris.
Je ris, oui cela m’arrive encore, mais c’est un rire froid,
ironique. Je ris en voyant ces jeunes hommes, habillés en pingouins,
tout droit sortis des plus grandes universités d’Europe.
Que croient-ils ? Que le monde va s’agenouiller à leurs
pieds ? Au contraire, ils vont se faire piétiner ! J’ai
des envies de meurtre, je suis rongé par la jalousie. Le soir,
je rentre par le chemin habituel. Sauf que, ce soir-là, rien
n’était habituel. Le ciel était très clair,
ce qui m’a étonné, vu l’heure tardive. Je
m’assis sur un banc sans remarquer le vieillard qui y était
déjà.
« Comment vous appelez-vous ? »
Je sursautai.
« Tim euh… Maxwell » mentis-je.
« Je vois, la politique ne vous a pas réussi, n’est-ce
pas ? »
Je fus pris de sueurs froides ; comment pouvait-il savoir ?
J’étais méconnaissable ; ma barbe et mes cheveux
avaient poussé, j’étais sale, emmitouflé
dans quatre couches de vêtements pour résister au dur
froid de l’hiver.
« Euh…je…qu’en savez-vous ? ». Je bafouillais,
en colère.
« Ne démarrez pas au quart de tour, je sais tout. »
Le vieillard rit, d’un rire glacial et cruel. Je frissonnais
et cela n’avait rien à voir avec le froid.
Il reprit : «Vous voulez vous venger, je le sens, j’ai
les moyens pour ça. » Le ton était dur, sérieux.
« Je… Au revoir, monsieur. »
« En effet, ce n’est qu’un au revoir ; si vous changez
d’avis je serais toujours ici. »
Je partis, le pas pressé, désireux de quitter cet homme
le plus vite possible.
18/12/2010
Une idée me trotte dans la tête. Oui, le vieillard avait
raison, je veux me venger de ces impudents qui m’ont jeté
dans le néant. Je retournais donc le voir, persuadé
qu’il n’y serait pas. À ma grande surprise, il
était là, à la même place.
Il me regarda froidement et me tendit simplement un petit carnet noir.
« Si tu tiens à te venger à tout prix, écris
ton nom. »
C’est ce que je fis ; j’étais sans doute inconscient.
Des noms y étaient déjà inscrits, ils étaient
tous barrés. Il me reprit le carnet ; le temps d’un clignement
de paupières et il avait disparu. Perturbé, je poursuivis
ma promenade. Ce que je vis me choqua profondément. À
la télévision de l’un des innombrables cafés
parisiens, était diffusé un reportage sur la mort d’un
politicien, un de mes anciens collègues, survenue quelques
minutes après ma rencontre avec le vieillard. Les policiers
n’avaient pas trouvé le moindre indice. Je rentrai, bouleversé.
22/12/2010
Je crois que je deviens fou, c’est ma faute, j’en suis
sûr. Plusieurs de mes anciens collègues sont morts, pour
des raisons inconnues. Je ne dors plus, j’ai peur. Ils meurent
tous. Je suis en train de devenir fou.
25/12/2010
Le dernier de mes collègues est mort. J’ai peur. Le vieillard
est de nouveau là, je le fuis, il me regarde avec ses yeux
morts. Il me guette et me nargue. Je l’ai entendu dans un murmure
: « Tu es vengé, c’est l’heure, paie ta dette.
»
C’était la dernière
pièce à convictions de l’affaire. On avait retrouvé
Maxime Laas (car c’était son vrai nom), mort dans sa
tente, pour des raisons inexpliquées.
On avait également retrouvé, sur un banc, un petit carnet
noir. Il contenait beaucoup de noms… de personnes mortes ou
disparues, y compris celui de Tim Maxwell.
En première page était écrit : « Trouve
ton chemin, suis celui qui descend vers les Enfers. »
Le chemin des Enfers
Le chemin
de la victoire
C’était un jour d’hiver comme les autres pour Adam,
ses cheveux fins étaient brûlés par le soleil.
Les promenades dans le parc étaient devenues désormais
quotidiennes, chaque jour à ses heures bien précises,
quel que soit le temps, à l’abri de toute la circulation
extérieure. C’était une pause qu’il s’accordait
pour respirer un peu et échapper à tout stress. Un petit
vent frais lui caressait les joues. Il aimait le bruit des feuilles
dorées et rouillées qui craquaient sous les pieds des
passants, la bonne odeur du bois qui s’échappait des
cheminées, et parler de tout et de rien avec Suzanne, sa sœur,
qui le guidait dans le parc. Les fleurs étaient fanées,
le lac avait vêtu son grand manteau blanc au plus grand bonheur
des enfants qui patinaient. Adam les regardait avec envie, mais il
n’avait jamais pu faire de patin à glace. Cependant il
avait pratiqué la course à très haut niveau,
il avait même participé aux Jeux Olympiques de 2009.
J’ai le souvenir exact de cette
journée. La pression était telle que mon cœur battait
à cent à l’heure. Je sentais déjà
la tension sur mon front, où des perles de sueur apparaissaient.
J’avais la boule au ventre mais je me disais que je devais me
surpasser. Le coup de sifflet retentit ; tous les candidats partirent.
Je me sentais revivre. Tout mon stress envolé, je ne pensais
qu’à une seule chose : la victoire. J’étais
dur comme l’acier et rapide comme l’éclair, je
pris la tête de la course à partir du premier tour. La
rage et l’envie me faisaient pousser des ailes, et cette année,
ce serait moi. Quand la fin de la course approcha, j’étais
toujours en tête et à quelques mètres de la ligne
d’arrivée, le stade en effervescence clamait et criait
mon nom. Je franchis cette ligne. Je brandis haut la main. Quelle
joie m’envahit alors !
Après quelques minutes, le podium et la coupe étaient
là et la première place m’attendait. Toutes ces
épreuves, tous ces entraînements avaient fini par payer.
On m’aida à monter sur l’estrade et je levai la
coupe en or devant la foule en joie. Les larmes me montèrent
aux yeux, je ne pus m’empêcher d’exprimer mon bonheur
et mon engouement devant tant de gens si heureux pour moi.
Au premier rang, Suzanne souriait. Elle était si belle, j’eus
envie de la serrer contre moi. Cette victoire, je l’avais gagnée
pour elle. À côté de moi, les autres candidats
applaudissaient, à contre-cœur. Dans leurs yeux qui brillaient,
je voyais l’envie d’être à ma place.
Je rejoignis ensuite Suzanne qui m’embrassa et me félicita.
Vers treize heures, nous partîmes au cocktail organisé
en mon honneur. Le champagne coulait à flots, comme une cascade
sur tous les verres. Chaque membre de l’association vint tour
à tour me féliciter, puis me solliciter afin de verser
des dons à l’association dont j’étais le
parrain.
Chaque journée se finissait
parfaitement bien, puisqu’avec Suzanne, nous allions au parc
comme d’habitude. Je regardais les enfants, assis sur le fauteuil
roulant que Suzanne conduisait depuis désormais presque dix
ans, à la suite d’un accident de ski alpin.
Le chemin de la victoire
Les
nouvelles et les résultats de 2011
Eclat de jeunesse
La chute
Le double je
L'heure tourne
Prédiction
Lauréats
2011
2e1 : La chute, de Léa GEVIN
( jury Caousou) lauréate du prix des internautes
Une étoile
saigne dans la neige, de Mélanie de GROSSOUVRES ( jury littéraire)
2e2 : L’ombre de l’Epitaphe,
de Valentin CLEDASSOU
2e3 : Prédictions, de Juliette
PEREZ, lauréate du Jury Littéraire
2e4 : Double Je, de Ana-Sophia CUBAS
, lauréate du jury Caousou
2e5 : L’heure tourne, de Anaëlle
ROUQUETTE ( jury Caousou)
Les bois perdus, de
Valentin BOUZONIE ( jury littéraire)
2e6 : Eclat de jeunesse, de Sophie
BONNEFOY ( jury Caousou)
Novembre noir, de
Maylis LETONDOT ( jury littéraire)
Les nouvelles et
les résultats de 2010
Au clair(e) de la lune
Enfance
Eux
Führer
La
lettre
La rue de Vert Galant
Qui suis-je
Lauréats 2010
Alexis MERLE ( 2e1) pour Führer
Agnès GARRIGUE ( 2e2) pour Eux
Anna BIROLLI ( 2e3) pour Au clair(e) de la lune
Lisa CONTRASTY pour La lettre
et Sophie GAU pour La rue du
vert galant (2e4)
Théo ANDRIOT pour Qui suis-je ?
et Etienne PERSONNAZ avec Pour quelques roses…
Flore BARDET pour Enfance
Les résultats, proclamés au C.D.I avec la complicité
des professeurs documentalistes devant tout le niveau Seconde et leurs
responsables, ont récompensé :
Agnès GARRIGUE, qui remporte
finalement le Prix Littéraire ainsi que le Prix des Internautes,
grâce à sa nouvelle Eux.
Anna BIROLLI qui obtient le prix du
Caousou avec sa nouvelle Au clair(e) de la lune.
Un grand merci à Madame
BERTHAUX ( écrivain, prix Prométhée de la Nouvelle),
à Monsieur BARRERE( poète), à François
BON( écrivain), à Daniel PICOULY ( écrivain),
à Madame LEBRUN (représentant la Médiathèque
J. CABANIS), à M. TERRANCLE (représentant les éditions
PRIVAT), à Madame MARTIN (représentant la librairie
la Pléïade), à N. GASBARRI ( écrivain) qui
nous ont fait l’honneur de participer au Jury Littéraire.
BRAVO également au groupe d’Arts
Plastiques de Seconde qui a tenté l’expérience
de l’illustration. Conseillés par Ghislaine HABY et l’illustratrice
Marie CIOSI, ces lycéens ont élaboré chacun cinq
compositions ainsi qu’une première de couverture dont
voici quelques exemples.
Couverture :
Anais
Goudallier
Louise
Javelot
Charlotte Jauffret
Du Sang et des mots
Marie
Nivot
Quentin Farenc
Eux
Agnès
Garrigue
Anna Rykner
Manon Fournier
Léa Gevin
Théo Isaacs
Au clair(e) de la lune
Alizée Caucanas
Anais Goudalliers
Jade Guilbaud
Théo Isaacs
Quentin Farenc
